David Ricardo Echange international et croissance

DAVID RICARDO LE DEVELOPPEMENT PAR L'ECHANGE INTERNATIONAL

INTRODUCTION

DOCUMENT 1 : Biographie p 492
QUESTIONS :
Montrez que Ricardo n'est pas seulement un théoricien.


PARTIE I - LA THEORIE DES AVANTAGES COMPARATIFS DE RICARDO.

I- PRESENTATION DU MODELE.

A – LA THEORIE DES AVANTAGES ABSOLUS D’ADAM SMITH

DOCUMENT 2 : 1 P 493 du livre.
QUESTIONS :
Quelle est la théorie de l'échange international développé par A Smith ? A quelle logique fait-elle appel ?

B – LA THEORIE RICARDIENNE

DOCUMENT 3 : 2 p 493 du livre.
Montrez que Ricardo présente une théorie du commerce international différente de celle de Smith, présentez la principale
évolution.
Quel est le coût du vin, du drap en Angleterre, au Portugal ? Expliquez sur quel hypothèse cela repose.
Quel est le rapport des coûts de production internes, d'échange interne au Portugal, à l'Angleterre ?
Expliquez pourquoi selon Ricardo l'Angleterre et le Portugal ont intérêt à échanger.
Indiquez dans quelle production chaque pays se spécialisera.

DOCUMENT 4 :
A :
La règle qui détermine la valeur relative des marchandises dans un pays, ne détermine pas la valeur de celles échangées entre deux ou plusieurs pays.
En règle générale, dans un seul et même pays, les profits sont toujours au même niveau; ils ne peuvent différer que dans la mesure où l'emploi du capital est plus ou moins sûr et opportun. Mais il n'en va pas ainsi de pays à pays. Si les profits du capital employé dans le Yorkshire devaient excéder ceux du capital employé à Londres, le capital se déplacerait rapidement de Londres vers le Yorkshire, et les profits s'égaliseraient; mais si une diminution du rendements des terres anglaises, consécutives à un accroissement du capital et de la population, devait entraîner une hausse des salaires et une baisse des profits, il ne s'ensuivrait pas nécessairement un déplacement du capital et de la population de l'Angleterre vers la Hollande, l'Espagne ou la Russie, où les profits pourraient être plus élevés. (…)
SOURCE : D Ricardo, op. cité.
B : 3 p 494.
QUESTIONS :
Explicitez la première phrasedu doc A.
Pourquoi les taux de profit sont-ils toujours égaux dans un pays ?
Cela est-il le cas entre différents pays ? Expliquez pourquoi.

II- LE LIBRE-ECHANGE EST OPTIMAL.

A - LE LIBRE-ECHANGE FAVORISE LE DEVELOPPEMENT.

1 - LA RELATION ENTRE LE PRIX DES DENREES ALIMENTAIRES ET LE PROFIT.



DOCUMENT 5 : 5 p 494.
QUESTIONS :
Répondez aux deux questions du texte.


2 - LES MESURES PROTECTIONNISTE CONDUISENT A UNE SITUATION SOUS OPTIMALE.

DOCUMENT 6 :

Puisque des primes d'exportation et des prohibitions à l'importation du blé en augmentent la demande, et forcent à livrer à la culture des terrains plus ingrats, elles occasionnent nécessairement une augmentation des frais de production.,
Le seul effet qu'occasionne une prime accordée à l'exportation des objets manufacturés ou à celle du blé, est de porter une portion de capital vers un emploi qu'on n'aurait pas cherché sans cela. Il en résulte une distribution nuisible du capital national ; c'est un leurre qui séduit le manufacturier, et qui l'engage à commencer ou à continuer un genre de commerce comparativement moins profitable. C'est le plus mauvais des impôts ; car il ne rend pas aux étrangers tout ce qu'il ôte aux nationaux, la balance en perte étant supportée
par une distribution moins avantageuse du capital national. Si, par exemple, le prix du blé en Angleterre était de 4 liv. st., tandis qu'il serait en France de 3 liv. 25 s., une prime de 10s. finirait par le réduire en France à 3 liv. 10 s. en le maintenant en Angleterre au prix de 4 liv. L'Angleterre paierait un impôt de 10 s. sur chaque quarter de blé qu'elle exporterait, et la France ne gagnerait que 5 s. sur chaque quarter qu'elle importerait d'Angleterre. Voilà donc une valeur de 5 s. par quarter absolument perdue pour la société, en raison d'une mauvaise distribution de son capital, qui tend à diminuer la masse totale, non pas probablement du blé, mais bien de quelque autre objet de nécessité ou d' agrément

SOURCE : op. cité.
QUESTIONS :
Quelles sont les deux types de mesures protectionnistes envisagées par Ricardo ?
Pourquoi peut-on dire qu'elles sont sous-optimales, envisagées successivement le cas du pays qui impose ses mesures et celui de ceux qui les subissent.

3 - LA LIMITATION DE L'EMPLOI DES MACHINES ET LE COMMERCE INTERNATIONAL.

DOCUMENT 7 :

Dans un pays, l'emploi des machines ne pourrait jamais être découragé sans danger ; car, si l'on n'autorise pas un capital à recueillir tout le revenu net que lui procurerait l'utilisation des machines, il ira à l'étranger; et cette fuite de capitaux décourage bien plus la demande de travail que l'emploi de machines le plus étendu. En effet, dès qu'un capital est employé dans un pays, il crée nécessairement une demande de travail ; les machines ne peuvent fonctionner sans l'assistance de l'homme, et ne peuvent être fabriquées sans son travail. L'investissement d'une partie d'un capital dans des machines perfectionnées entraînera une diminution de la progression de la demande de travail ; l'exportation de ce capital vers un autre pays supprimera totalement cette demande.
Le prix des marchandises est également déterminé par leur coût de production. L'emploi de machines perfectionnées réduit ce coût, ce qui nous permet de vendre ces marchandises à un prix moins élevé sur les marchés étrangers. Cependant, si nous rejetions l'emploi des machines alors que tous les autres pays l'encouragent, nous nous trouverions contraints d'exporter notre monnaie en échange de biens étrangers jusqu'à ce que nous ramenions le prix naturel de nos marchandises au niveau appliqué dans les autres pays. En commerçant ainsi avec ces pays, nous pourrions donner une marchandise coûtant, ici, deux journées de travail contre une marchandise n'en coûtant qu'une à l'étranger; et cet échange désavantageux serait la conséquence de nos propres agissements; car la marchandise exportée, et qui vaut deux journées de travail, n'en aurait valu qu'une si nous n'avions pas rejeté l'utilisation des machines dont nos voisins ont plus sagement exploité les services

SOURCE : Op cité.
QUESTIONS :
Rappelez quels effets aurait un limitation de l'emploi des machines sur la demande de travail.
Quels effets auraient une limitation de l'emploi des machines sur la balance commerciale d'un pays, expliquez en construisant unschéma de relations causales.

B – L’HARMONIE DES INTERETS PAR L'ECHANGE INTERNATIONAL.

DOCUMENT 8 : 4 p 494 du livre.
QUESTIONS :
En fonction de quoi chaque pays se spécialise t'il ?
Montrez que Ricardo donne dans le texte une application de la main invisible.
Explicitez la notion de doux commerce.
Montrez que les spécialisations de chacun des pays ne sont pas véritablement neutres.

III - LA DIVINE JUSTICE DE J STUART MILL: UN COMPLEMENT DE LA THEORIE RICARDIENNE DE L’ECHANGE.

DOCUMENT 9:

« Si donc l'Angleterre importe des vins de Portugal et donne une balle de drap contre chaque pipe de vin, la valeur en échange de la pipe de vin en Angleterre ne dépendra pas de ce qu'aura coûté en Portugal la pipe de vin, mais de ce que la production de drap aura coûté en Angleterre. Quoique le vin n'ait coûté peut-être que dix jours de travail en Portugal, si le drap coûte en Angleterre 20 jours de travail, le vin, rendu en Angleterre, s'échangera contre le produit de 20 jours de travail anglais, plus les frais de transport et le profit du capital du marchand pour le temps où il a été employé et soustrait à un autre emploi.
Donc, en tout pays, la valeur d'une marchandise étrangère dépend de la quantité de produit indigène contre laquelle elle a été échangée . En d'autres termes, la valeur des marchandises étrangères dépend des conditions de l'échange de nation à nation. Et de quoi dépendent ces conditions ? Qu'est ce qui, dans la supposition faite plus haut, est cause que la pipe de vin de Portugal s'échange contre telle quantité de drap, ni plus ni moins ? Nous avons vu que ce n'est pas le coût de production de l'une et de l'autre marchandise. Si le vin et le drap étaient également produits en Portugal, ils s'échangeraient en ce pays en raison de ce que leur production aurait coûté en Portugal; s'ils étaient produits l'un et l'autre en Angleterre, ils s'échangeraient l'un contre l'autre en raison de ça que leur production respective aurait coûté en Angleterre: mais tout le drap étant fabriqué en Angleterre et tout le vin en Portugal, ils sont dans les conditions où nous avons établi que la loi des frais de production n'était pas applicable. Nous devons en conséquence recourir, comme nous l'avons tait déjà dans un embarras pareil, à une loi supérieure, à celle de l'offre et de la demande : c'est encore là que nous trouverons la solution de la difficulté... ».
« On peut donc considérer comme constaté que lorsque deux pays échangent deux marchandises l'une contre l'autre, la valeur respective d'échange de ces marchandises s'adapte aux goûts et aux besoins des consommateurs, dans l'un et l'autre pays, de manière à ce que la quantité de la marchandise demandée par un pays à l'autre paye exactement la quantité de la marchandise demandée par celui-ci au premier. Comme il est impossible d'assigner une règle générale aux goûts et aux moyens des consommateurs, il est impossible de dire à l'avance dans quel rapport les deux marchandises seront échangées l'une contre l'autre. Nous savons que les limites dans lesquelles sont enfermées les variations sont te rapport entre le coût de production dans un pays et le coût de production dans l'autre »

SOURCE : JS Mill, principes d'économie politique, Guillaumin, 1873.
QUESTIONS :
De quoi dépend le prix du vin en Angleterre selon Mill ?
Qu'entend Mill par : loi supérieure de l'offre et de la demande ?
Comment est déterminé le rapport d'échange international chez Ricardo (reprenez le doc 2 B), montrez que la théorie de
Mill vient compléter celle de Ricardo.

DOCUMENT 10 :

• Une « divine justice » : heureux les pays pauvres, le royaume du commerce international leur appartient... (le paradoxe de J.S. Mill). Explicitant une intuition de Ricardo, J.S. Mill montre, en effet, que les pays riches sont relativement désavantagés dans leurs relations avec les pays pauvres, en raison de l'importance et de l'intensité de leur demande qui modifient à leurs dépens les termes de l'échange. Ils sont, pour ainsi dire, punis de leur prodigalité au bénéfice des pays démunis. De surcroît, la faible capacité de production des pays pauvres, jointe à l'exiguïté de leur marché intérieur, constituerait un atout dans le commerce international.
Considérons, par exemple, deux pays très inégaux par leurs niveaux de vie et de développement. Même après spécialisation complète, la capacité d'offre du pays pauvre dans la production où il dispose d'un avantage comparatif n'est, généralement, pas suffisante pour satisfaire la totalité de la demande mondiale. Le pays riche devra donc continuer à produire lui-même une partie des biens pour lesquels il est comparativement désavantagé. Les termes de l'échange ne pourront donc guère s'éloigner de ses propres coûts comparatifs. C'est là, en effet, la condition indispensable pour que cette production nationale complémentaire aux produits importés reste rentable. Far conséquent, le pays pauvre bénéficie principalement, voire exclusivement, de l'échange international. Paradoxalement, sa pauvreté (ou sa faible dimension) ferait sa force. Le libre-échange aurait donc des vertus correctrices. Il tendrait à atténuer les inégalités de niveaux de vie et de développement entre les nations.
D'où la conclusion d'Edgeworth (en 1894) : « Un perfectionnement est aux dépens du pays exportateur. » Le progrès technique anglais profiterait principalement au Portugal qui verrait sa position s'améliorer dans le partage du «gain from trade ». Le libre-échange, dans les économies où règne la concurrence, assurerait donc une diffusion spontanément harmonisée des avantages ,du progrès technique. Les gains de productivité liés aux changements techniques seraient nécessairement répercutés en baisses de prix pour les pays qui importent les biens correspondants. La révolution technologique et industrielle anglaise, aux XVIIIe et XIX' siècles, se serait donc accomplie pour le plus grand bien du reste du monde, y compris les nations fournissant, à l'époque, les matières premières (le coton indien, par exemple) nécessaires au développement de l'Angleterre.
SOURCE : R Sandretto, le commerce international, CURSUS, A colin, 1993.
QUESTIONS :
Explicitez le paradoxe de JS MILL.


PARTIE II – INTERETS ET LIMITES DE LA THEORIE DES AVANTAGES COMPARATIFS


SECTION I - LES INTERETS DE L’ANALYSE RICARDIENNE

DOCUMENT 11 : 9 p 496
QUESTIONS :
Répondez aux 3 questions du livre.
SECTION II II – LES LIMITES DE L’ANALYSE RICARDIENNE

I - PORTUGAL-ANGLETERRE : LE DEMENTI DE L'HISTOIRE.

DOCUMENT 12:
Quand on parle du Portugal du XVIIIe siècle, le chœur des historiens clame à juste titre le nom de lord Methuen, l'homme qui va chercher, en 1702, au seuil de ce qui sera la longue guerre de Succession d'Espagne, l'alliance du petit Portugal pour prendre à revers
l'Espagne fidèle au duc d'Anjou, Philippe V, et aux Français. L'alliance conclue fit grand bruit, mais nul ne cria alors au miracle devant le traité de commerce qui l'accompagnait, simple cause de routine. (...) Le destin des rapports anglo-portugais n'est donc pas à inscrire au seul actif du trop célèbre traité. Il est la suite de processus économiques qui ont fini par se refermer sur le Portugal comme un piège. (...)
C'est au milieu de la prospérité paresseuse de ce petit pays que l'Anglais pousse ses avantages. Il le modèle à 'sa guise ; il développe ainsi les vignobles du Nord, créant la fortune des vins de Porto ; se charge du ravitaillement de Lisbonne en blé, en barils de morue ; y introduit ses draps par balles entières, de quoi habiller tous les paysans du Portugal et de quoi submerger le marché lointain du Brésil. L'or, les diamants paient le tout, l'or du Brésil qui, après avoir touché Lisbonne, continue sa route vers le Nord. Il pourrait en être autrement ; le Portugal pourrait protéger son marché, créer une industrie : c'est ce que pensera Pombal. Mais la solution anglaise est la solution de facilité. Les term of trade favorisent même le Portugal : alors que le prix des draps anglais décroît, celui des produits portugais à l'exportation augmente. À ce jeu, les Anglais s'emparent peu à peu du marché. En tout cas, les jeux sont faits dès avant que le XVIIIe siècle ne trouve son véritable élan. En 1730 déjà, un Français peut écrire : "Le commerce des Anglais à Lisbonne est le plus considérable de tous ; même, selon bien des gens, il est aussi fort que celui des autres Nations ensemble." Beau succès à inscrire au compte de l'indolence portugaise, mais non moins de la ténacité des Anglais. En 1759, Malouet, le futur constituant, traverse le Portugal, à ses yeux une "colonie" anglaise. "Tout l'or du Brésil, explique-t-il, passait en Angleterre qui tenait le Portugal sous le joug. J'en citerai un seul exemple pour flétrir l'administration du marquis de Pombal : les vins de Porto, seul objet d'exportation intéressant pour ce pays-là, étaient achetés en masse par une compagnie anglaise, à laquelle chaque propriétaire était obligé de vendre à des prix taxés par les commissaires anglais." Je pense que Malouet a raison. Il y a bien colonisation marchande quand l'étranger a accès au marché de la première main, à la production.
SOURCE : F BraudeL, civilisation matérielle, économie et capitalisme, A Colin.
QUESTIONS :
Le traité de commerce signé entre l'Angleterre et le Portugal s'explique t'il par les arguments mis en avant par Ricardo ?
Quel est le pays qui en apparence semble trouver son intérêt à l'échange, qu'en est-il en réalité ?

II - LA DEMONSTRATION CLASSIQUE : UNE ARGUMENTATION PARTISANE.

A - LES FAIBLESSES DU MODELE RICARDIEN.

1 - UNE THEORIE STATIQUE

DOCUMENT 13 :
Le théorème normatif de Ricardo peut être décomposé en trois conclusions fondamentales.
1. Le commerce ne peut qu'être bénéfique pour chaque participant.
2. La spécialisation selon les coûts comparatifs améliore le bien-être au niveau mondial.
3. Cette amélioration est la plus grande qui puisse être obtenue, compte tenu de la division du monde en nations.
Chacune de ces propositions peut être réfutée.
• Réfutation de l'optimalité du libre-échange. L'analyse ricardienne montre que la spécialisation, telle qu'elle tend spontanément à s'établir en libre-échange, est la plus avantageuse dans les données du moment (proposition n°1). Maurice Bye qualifie cette supériorité d'« avantage comparatif court», au sens de celui qui ressort des conditions immédiates de production et .d'échange. Pour que la loi de Ricardo puisse justifier une politique de libre-échange comme meilleure des solutions possibles (proposition n° 3), il faudrait que tout « avantage comparatif court » détermine un « avantage comparatif long», c'est-à-dire que le libre-échange apparaisse comme la meilleure des politiques possibles, non seulement par ses effets immédiats mais aussi par ses effets à plus long terme. Entre les propositions n° 1 et n° 3, il y a un pas que l'analyse ricardienne ne parvenait à franchir qu'en postulant la constance des coûts unitaires de production, c'est-à-dire le caractère immuable des conditions de production et l'absence d'économie d'échelle (pas d'avantage à la production de masse). Si Cette hypothèse pouvait, à la rigueur, être admise aux débuts de l'industrialisation, elle est tout à fait inadmissible de nos jours. Or, dès l'instant où la coïncidence entre les deux types d'avantages (courts et longs) disparaît, la justification théorique d'une supériorité incontestable du libre-échange, en tant que loi universelle, tombe d'elle-même.
• Le libre-échange contre la prospérité et le bien-être mondial : le paradoxe de Graham. Cette deuxième critique, comme la précédente, est fondée sur l'abandon de l'hypothèse des coûts constants. En effet, supposons que la viticulture soit une activité à rendements décroissants (le coût unitaire tend à s'élever lorsque la production augmente), alors que la production drapière est à rendements croissants (le coût unitaire baisse avec l'accroissement des quantités produites). Dans ce cas, le pays qui se spécialise dans la production de vin peut se trouver, après spécialisation, dans une situation moins favorable qu'avant, la situation pour l'ensemble des deux pays étant meilleure ou pire selon que la perte du premier l'emporte ou non sur le gain de son partenaire. Là ne réside pas le paradoxe, mais dans le fait, révélé par Franck D.Graham (1923), qu'à tout instant, du début à la fin, le critère de l'avantage comparatif incite au développement de la spécialisation perverse.
Ce paradoxe montre non seulement gué le commerce peut, dans certains cas, défavoriser l'un des deux pays, mais aussi, ce qui est plus grave, qu'il peut être préjudiciable au niveau de l'économie mondiale.
SOURCE : R Sandretto, op. cité.
QUESTIONS :
Montrez qu'en statique le libre échange semble être la meilleure solution.
Que se passe t'il quand on fait une analyse dynamique, quelle hypothèse Ricardo est-il alors obligé de poser ? Cette hypothèse, paraît-elle vérifiée ?
Qu'est ce que le paradoxe de Graham ?

2 - LES AVANTAGES COMPARATIFS TOMBENT DU CIEL.

DOCUMENT 14 :
L'ensemble des théories fondées sur le principe de l'avantage comparatif explique l'échange international par l'existence d'un écart au niveau des prix relatifs d'autarcie qui ouvre l'opportunité d'un échange profitable pour l'ensemble des partenaires. Le modèle initial de Ricardo était extrêmement sommaire.
Dans la lignée de Ricardo, les auteurs du courant technologique considèrent que c'est l'inégal accès des pays à la technologie qui est à l'origine des avantages comparatifs. Ricardo était resté discret sur les facteurs créant les différences internationales des prix relatifs (de coûts comparés). Il mentionne "Chaque pays produit des choses qui s'accordent le mieux avec son climat, sa situation et ses autres avantages naturels ou artificiels. "; ou encore que s'il est plus aisé de cultiver du blé en Angleterre qu'en Pologne c'est "soit en
raison d'une plus grande fertilité du sol. soit par l'intelligence plus grande de l'ouvrier, ou la supériorité de ses instruments".
Ainsi une plus grande part des déterminants de la "compétitivité" tient à des facteurs naturels : qualité du sol, climat, mais aussi qualité intrinsèque de la main d'oeuvre.. Toutefois Ricardo parle aussi "d'avantages artificiels" et de ceux tenant à la "supériorité des instruments". Certains déterminants des avantagescomparatifs seraient donc construits. Mais alors, qu'est-ce qui fait qu'un pays dispose de meilleurs instruments qu'un autre?
SOURCE : P Moati, Hétérogénéité des entreprises et échange international, economica, 199l.
QUESTIONS :
Par quoi sont déterminés selon Ricardo les avantages comparatifs ?
En quoi l'introduction d'avantages artificiels construits met-elle à mal le modèle ricardien ?


B - LES SILENCES DE LA THEORIE RICARDIENNE ; INCOHERENCE OU DOUBLE LANGAGE.

DOCUMENT 15 :
Poussons le raisonnement de Ricardo jusque dans ses ultimes implications, sous l'hypothèse qui est la sienne, celle des rendements décroissants dans l'agriculture.
1 Les pays «pauvres», explique Ricardo {Principes..., p. 333), disposent d'un avantage comparatif dans la production des biens salariaux (blé). Puisque les coûts de production du blé sont croissants, son prix doit s élever avec les progrès de la spécialisation, entraînant la hausse des rentes et des salaires nominaux. En conséquence, le taux de profit et les incitations à investir s'amenuisent, ce qui a pour efffet de ralentir la croissance. A condition que l'effet Graham ne soit pas mis en jeu, le commerce international peut encore rester bénéfique à très court terme (dans l'instantané) pour le pays pauvre, mais il sacrifie ses possibilités de développement a plus long terme en accélérant l'évolution de son économie vers l'état stationnaire. En outre, l'infléchissement corrélatif de la répartition profite exclusivement aux propriétaires fonciers.
2 Inversement, pour les nations « riches » ou industrialisées disposant d'un avantage comparatif dans la production des biens industriels non salariaux le commerce international est doublement bénéfique : il augmente leurs revenus réels et grâce à la baisse du prix du ble qu'elles importent, il accroît leurs taux de profit (ou en arrête la caisse,), ce qui stimule la croissante de ces économies. Par conséquent, le commerce favorise la classe capitaliste des nations riches au détriment des propriétaires fonciers. Cette interprétation est, à notre avis, la seule qui permette à Ricardo d'être totalement cohérent avec lui-même. Elle conduit à des conclusions fort différentes de celles qu'il voulait établir : le commerce international accroît le taux de croissance des pays « riches », exportateurs de biens de luxe, et réduit celui des pays « pauvres », exportateurs de biens salariaux. Il aggrave donc les inégalités de niveaux de vie et de développement. Ricardo, c'est du moins notre conviction, a certainement perçu cette implication indésirable de sa propre analyse, mais, pour des raisons évidentes, il n'en expose qu'un versant, le seul qui soit présentable : celui des conséquences avantageuses du commerce pour le pays riche, importateur de blé.
3. Si, de surcroît, les conditions de production sont telles que l'effet Graham apparaisse, ce qui est tout à fait possible dans le cadre des hypothèses fondamentales de Ricardo, il ne reste alors plus rien des conclusions optimistes de l'auteur : le pays pauvre exportateur de blé serait, en outre, exploité par ses partenaires commerciaux, qui s'enrichiraient à ses dépens, et son revenu réel subirait une régression.
On peut alors se demander si l'apologie du libre-échange ne masque pas, de la part de Ricardo, la défense de certains intérêts spécifiques, ceux de la bourgeoisie manufacturière anglaise dont les besoins en capitaux et en main-d'œuvre étaient freinés par la protection accordée, à l'époque, à l'agriculture anglaise (Corn Laws). Plus précisément, en se replaçant dans le contexte politique et économique du début du XIXe siècle, on pourrait distinguer deux discours.
- L'un à «usage externe», constitué par le théorème normatif-statique, s'adressant aux pays fournisseurs des biens salariaux nécessaires au développement britannique, destiné à les convaincre des vertus du libre-échange et des avantages (statiquement appréciés) qu'ils peuvent attendre d'un libre commerce avec l'Angleterre.
- L'autre, à « usage interne », construit en termes d'évolution des profits et de rythme de croissance, s'adresse à la bourgeoisie manufacturière anglaise, en montrant les enjeux de la suppression des Corn Laws qui préservaient l'agriculture britannique de la concurrence des pays neufs mais maintenaient le prix du blé et les salaires à un niveau élevé.
L'apologie du libre-échange par la « démonstration » de ses vertus universelles exigeait impérativement que ces deux discours soient soigneusement séparés. On comprend mieux ainsi que, dans le chapitre VII, où il expose son célèbre théorème, Ricardo, comme par mégarde, «oublie» sa tout aussi fameuse loi des rendements agricoles décroissants.
SOURCE : R Sandretto, op. cité.
QUESTIONS :
Quelles conséquences a, en réalité, l'introduction du libre-échange :
- pour les pays pauvres ?
- pour les pays riches ?
Pourquoi peut-on s'interroger sur la neutralité et la scientificité de la théorie de Ricardo ?


III - LA CRITIQUE DU LIBRE ECHANGE

A - LA CRITIQUE MARXISTE.

DOCUMENT 16 :
On nous dit, par exemple, que le libre-échange ferait naître une division internationale du travail qui assignerait à chaque pays une production en harmonie avec ses avantages naturels.
Vous pensez peut-être. Messieurs, que la production du café et du sucre, c'est la destinée naturelle des Indes occidentales. Deux siècles auparavant, la nature, qui ne se mêle guère du commerce, n'y avait mis ni caféier, ni canne à sucre.
Et il ne se passera peut-être pas un demi-siècle que vous n'y trouverez plus café ni sucre, car les Indes orientales, par la production à meilleur marché, ont déjà victorieusement combattu cette prétendue destinée naturelle des Indes occidentales. Et ces Indes occidentales avec leurs dons naturels sont déjà pour les Anglais un fardeau aussi lourd que les tisserands de Dacca, qui, eux aussi,
étaient destinés depuis l'origine des temps à tisser à la main.
Une chose encore qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est que, de même que tout est devenu monopole, il y a aussi de nos jours quelques branches industrielles qui dominent toutes les autres et qui assurent aux peuples qui les exploitent le plus, l'empire sur le marché de l'univers. C'est ainsi que dans le commerce international le coton à lui seul a une plus grande valeur commerciale que toutes les autres matières premières employées pour la fabrication des vêtements, prises ensemble. Et il est véritablement risible de voir les libre-échangistes faire ressortir les quelques spécialités dans chaque branche industrielle pour les mettre en balance avec les produits de commun usage, qui se produisent à meilleur marché dans les pays où l'industrie est la plus développée.
Si les libre-échangistes ne peuvent pas comprendre comment un pays peut s'enrichir aux dépens de l'autre, nous ne devons pas en être étonnés, puisque ces mêmes messieurs ne veulent pas non plus comprendre comment, dans l'intérieur d'un pays, une classe peut s'enrichir aux dépens d'une autre classe.
SOURCE : K Marx, discours sur le libre-échange (1848), la pléiade, Gallimard, 1964.
QUESTIONS :
Marx considère t'il que la division internationale du travail repose sur des avantages naturels, expliquez ?
Quels sont selon Marx les effets pervers de la spécialisation ?
Explicitez la dernière phrase du texte.

B - LA CRITIQUE DE LIST.

1 - LIBRE-ECHANGE ET AMELIORATION DU BIEN-ETRE DU CONSOMMATEUR

DOCUMENT 17 :
Quand l'École prétend que les droits protecteurs procurent aux fabricants du pays un monopole aux dépens des consommateurs du pays, elle fait une mauvaise chicane; car, tout individu dans le pays étant libre d'exploiter le marché intérieur assuré à l'industrie ationale, il n'y a point là de monopole privé ; il n'y a qu'un privilège octroyé à tous nos compatriotes vis-à-vis des étrangers. [...] Si les producteurs demandent dans le commencement des prix élevés, c'est qu'ils ont affaire à de grands risques, à ces pertes, à ces sacrifices extraordinaires qui accompagnent toujours les débuts d'une fabrication. Mais, contre une indécente exagération des profits et contre leur durée indéfinie, les consommateurs trouvent une garantie dans la concurrence intérieure qui surgit ensuite et qui, en général, fait tomber les prix beaucoup plus bas qu'ils ne fussent descendus sous la libre concurrence de l'étranger. Si les agriculteurs, qui sont le principal débouché des manufactures, payent plus cher les articles fabriqués, ils sont largement dédommagés de cet inconvénient par une demande plus forte de leurs produits agricoles et par une élévation de leurs propres prix.

SOURCE : F List, le système national d'économie politique, 1840.
QUESTIONS :
Pourquoi la théorie des avantages comparatifs conduit-elle à considérer que le protectionnisme détériore le bien-être du consommateur ?
Quelle argumentation utilise List pour réfuter la démonstration néo-classique ?


2 - LA SPECIALISATION A DES EFFETS PERVERS

DOCUMENT 18 :
L'École méconnaît complètement la nature des rapports économiques entre les peuples quand elle croit que l'échange des produits agricoles contre des produits manufacturés est tout aussi utile à la civilisation, à la prospérité et en général aux progrès sociaux de pareilles nations que l'établissement dans leur propre sein d'une industrie manufacturière. Une nation purement agricole ne développera pas à un haut degré son commerce intérieur et extérieur, ses voies de communication, sa navigation marchande ; elle n'accroîtra pas sa population en même temps que sa prospérité : elle n'accomplira pas de progrès sensibles dans sa culture morale, intellectuelle, sociale et politique, elle n'acquerra pas une grande puissance politique. [...] Le pays purement agriculteur est infiniment au-dessous du pays à la fois agriculteur et manufacturier. Le premier, économiquement et politiquement, dépend toujours plus ou moins des nations étrangères qui lui prennent ses produits agricoles en retour de leurs articles fabriqués. Il ne peut pas déterminer lui-même l'étendue de sa production; il faut qu'il attende les facturiers, produisent eux-mêmes des quantités immenses de matières brutes et de denrées alimentaires, et ne demandent aux peuples agriculteurs que de quoi combler leur déficit. Ceux-ci dépendent donc, pour leur vente, de l'éventualité d'une récolte plus ou moins abondante chez les peuples agriculteurs et manufacturiers; ils ont de plus pour
rivaux d'autres peuples agriculteurs, de sorte qu'un débouché déjà très incertain devient plus incertain encore. Enfin ils sont exposés à voir leurs relations avec les nations manufacturières interrompues par la guerre ou par des mesures commerciales, et ils éprouvent alors le double inconvénient de ne point trouver d'acheteurs pour le trop-plein de leur production agricole et d'être privés des articles fabriqués dont ils ont besoin.
SOURCE : F List, op. cité.
QUESTIONS :
A quelles difficultés s'expose selon List un pays qui se spécialise dans la production de produits agricoles ?


3 - LE REFUS DU LAISSEZ-FAIRE, LAISSEZ PASSER.

DOCUMENT 19 :
« Les forces productives des peuples ne dépendent pas seulement du travail, de l'épargne, de la moralité et de l'intelligence des individus ou de la possession de fonds naturels et de capitaux matériels ; elles dépendent aussi des institutions et des lois sociales, politiques et civiles, et, avant tout, des garanties de leur durée, de leur indépendance et de leur puissance comme nations. Inutilement les individus seraient laborieux, économes, ingénieux, entreprenants, intelligents, et moraux ; sans l'unité nationale, sans la division du travail et la coopération des forces productives, le pays ne saurait atteindre un haut degré de prospérité et de puissance, ni se maintenir dans la possession durable de ses richesses intellectuelles, sociales et matérielles.
« Le principe de la division du travail n'a été jusqu'ici compris qu'imparfaitement. La productivité tient beaucoup moins au partage des diverses opérations d'une industrie entre plusieurs individus qu'à l'association morale et matérielle de ces individus pour un but commun.
SOURCE : F List, op. cité.
QUESTIONS :
Montrez que List critique dans ce passage la conception libérale des échanges.

DOCUMENT 20 :
Certaines nations, favorisées par les circonstances, ont devancé les autres dans les manufactures, le commerce et la navigation. Elles ont eu très tôt conscience que les progrès qu'elles avaient accomplis constituaient le moyen le plus efficace d'acquérir et de conserver la suprématie politique. Elles ont adopté et conservent aujourd'hui des mesures calculées pour monopoliser les manufactures et le commerce et pour entraver le progrès des nations retardataires. (...) Le système douanier n'est donc pas, comme on l'a prétendu, une invention de tètes spéculatives. Il est une conséquence naturelle de la tendance des nations à rechercher des garanties pour leur prospérité et leur survie ou pour établir leur suprématie. .
SOURCE : op. cité.
QUESTIONS :
quels pays List fait-il référence dans ce passage, explicitez sa pensée.

DOCUMENT 21:
«II est vrai qu'une protection douanière renchérit à ses débuts la production manufacturière, mais il est également vrai (...) qu'avec le temps une nation capable qui aura formé uns force manufacturière complexe fabriquera à meilleur marché sur notre territoire les marchandises qu'elle pourrait importer de l'extérieur. Nous faisons avec la protection douanière un sacrifice à la valeur qui sera récompensé par le développement d'une force productive, laquelle assure à la nation pour le futur, non seulement un flux important et ininterrompu de biens matériels, mais aussi l'indépendance industrielle en cas de guerre. Grâce à l'indépendance industrielle et une prospérité intérieure grandissante, la nation acquerra la possibilité d'avoir un commerce extérieur, d'élargir sa navigation, d'élever sa civilisation, de perfectionner ses institutions internes et de renforcer sa puissance extérieure. Telle est l'influence de l'essor rapide d'une force manufacturière sur une nation capable dans laquelle le système protectionniste a été totalement assimilé par ceux qui possèdent des biens et qui sacrifient une parie de leurs valeurs matérielles pour former leurs enfants à une activité productive.
SOURCE : Op cité.
QUESTIONS :
L’analyse de List est-elle opérée dans un cadre statique ou dynamique, comment cela permet-il à List de justifier le protectionnisme ?


SECTION III –LES PROLONGEMENTS CONTEMPORAINS

I - LES ANALYSES PROLONGEANT LA LOGIQUE RICARDIENNNE.

A _- Le modèle de Hecksher-ohlin

1 – PRESENTATION DU MODELE

DOCUMENT 22 :
Le modèle HO peut être qualifié de modèle 2x2x2: deux pays, deux biens et deux facteurs de production, le travail et le capital. Dans la continuité ricardienne, les facteurs de production sont réputés parfaitement mobiles à l'intérieur de l'espace national, mais immobiles entre les nations. L'échange international apparaît comme une alternative à l’immobilité internationale des facteurs de production.Il est donc logique de chercher à expliquer l'échange à partir des différences de dotation factorielles. Mais, en introduisant un deuxième facteur, le capital, le modèle HO modifie la démarche explicative qui s'apparente désormais à celle du choix d'une combinaison productive optimale dans le cadre d'une fonction de production commune à tous les pays. Cette dernière hypothèse signifie que la technique peut être assimilée à de l'information directement disponible pour les firmes qui peuvent se l'approprier moyennant l'achat d'un brevet, ce qui facilite la diffusion des techniques efficientes.
Le pays doit sélectionner la technique de production qui correspond à sa dotation en facteur travail et capital. On suppose qu'à court terme les quantités de facteurs son fixes. Les facteurs de production sont substituables : la fabrication d'un bien peut s'effectuer en employant des proportions variables de capital et de travail.
L'intensité factorielle mesure la proportion respective des facteurs de production utilisés pour produire un bien.
Les différences entre les nations peuvent se mesurer en comparant l'abondance relative du capital et du travail dans chacun des pays. En incluant un troisième facteur, les ressources naturelles, on peut comparer les dotations respectives des principales zones économiques.
Les pays développés disposent d'un stock de capital accumulé relativement important par rapport à leur main-d'œuvre : la population active croît faiblement, tandis que l'effort d'accumulation est important. Dans les pays en développement (PDE) la situation s'inverse : le facteur travail est relativement abondant. Les dotations factorielles des pays sont très variables et ne doivent pas être confondues avec une disponibilité absolue.
Pour les tenants du modèle HO de telles différences résultent de circonstances de nature historique ou géographique, exogènes au modèle. L'inégale répartition des facteurs de production entre pays explique leurs différences de coût. Si le facteur travail est relativement abondant, comme dans les pays en développement, son prix (le salaire) sera plus faible que celui du capital. Dans les pays développés, la répartition inverse, prévaut.

- Intensité factorielle des biens et spécialisation
Les biens incorporent des quantités diverses de facteurs de production. Par exemple, pour rester dans le domaine du secteur secondaire, les produits textiles utilisent relativement plus de facteur travail que la fabrication d'automobiles qui requiert des chaînes de montage très coûteuses.L'avantage comparatif résulte d'une abondance relative d'un facteur de production.
Le modèle HO établit que chaque pays doit se spécialiser dans la production qui incorpore intensivement le facteur relativement le plus abondant ; ce résultat est connu sous le nom de loi des proportions des facteurs. Laisser les conditions de la concurrence internationale dicter les orientations des appareils productifs nationaux permet à tous les pays de réaliser des gains en exploitant un avantage relatif : le précepte ricardien est conservé. En attribuant à la concurrence internationale le soin de déterminer la nature des importations et des exportations, donc la structure productive nationale, le libre-échange renforce l'efficience des économies en réaffectant les facteurs de production de sorte que la productivité moyenne de l'économie progresse.
SOURCE : A Bruno et alii, Enseignement de spécialité, ellipses.
QUESTIONS
quelles sont les hypothèses du modèle de HO, sont-elles contraignantes et réalistes ?
Par quoi sont déterminés les dotations factorielles ?
En fonction de quoi s’opère la spécialisation ?
Pourquoi l’auteur peut-il écrire : « le précepte ricardien est conservé » ?

2-L’ANALYSE STOLPER-SAMUELSON

DOCUMENT 23 :
- Spécialisation et évolution des rémunérations factorielles ,
En reprenant les données du tableau 1(cf. doc. précédent), on remarque que dans les pays développés facteur capital est relativement plus abondant. La spécialisation renforce la demande de capital pour développer la production nationale de biens intensifs dans ce facteur; une fraction de la production sera exportée tandis que les biens qui incorporent surtout du facteur rare, le travail, seront importés. L'abondance relative du capital s'atténue. Dans le même temps le facteur travail, largement présent dans les biens importés, est moins demandé. Il en résulte une modification des revenus factoriels1 au détriment du facteur rare. Une évolution inverse se produit dans les pays en développement où la demande de facteur travail (abondant) augmente. Pour les deux types de pays la rémunération relative du facteur le plus utilisé dans la branche qui correspond à la spécialisation augmente. L'ouverture n'est favorable qu'à l'un des facteurs de production. Finalement, le libre-échange conduit à une égalisation internationale des rémunérations des facteurs de production (taux de profit et salaire) sans que ces derniers ne se déplacent.
- Essai de vérification
En considérant que le travail peut être décomposé selon les qualifications, dans les pays développés la rémunération relative du travail non qualifié doit baisser par rapport à celle du travail qualifié. Bien que le commerce avec les PED à bas salaires ne constitue qu'une fraction réduite des échanges des pays développés, la mondialisation a été régulièrement accusée d'entretenir le développement des inégalités salariales dans les pays riches au détriment des moins qualifiés. Par exemple, aux États-Unis, l'écart entre les diplômés de l'enseignement secondaire et les titulaires de diplômes universitaires est passé de 34 % à 57 % entre 1979 et 1993. La même évolution touche aussi les autres pays capitalistes développés.
Certains ont vu dans cette évolution l'incidence d'un ajustement de l'appareil productif des pays développés se traduisant par des réductions d'emploi dans des secteurs tels que l'industrie textile et l'électronique grand public, alors que les pays émergents accaparaient une proportion croissante des exportations mondiales de produits manufacturés, grâce à des coûts salariaux compétitifs et à leur capacité à maîtriser les techniques innovantes. Le décrochement des salaires des moins qualifiés refléterait à la baisse des prix relatifs des biens issus de ces secteurs ainsi que les difficultés de reconversion de la main-d'œuvre peu qualifiée des secteurs traditionnels. Le raisonnnement doit être nuancé : la concurrence internationale s'exerce fort peu dans les secteur du BTP et des services aux particuliers, alors qu'ils concentrent une fraction importante de l'emploi peu qualifié et à salaires faibles.Pour d’autres auteurs, la baisse de la demande de travail peu qualifiée, qui en déprime la rémunération, dans les pays développés, résulte probablement plus de mutations techniques que des conséquences de la mondialisation des économies.
Au total, la nation enregistre bien un gain à l’ouverture, mais certains agents sont confrontés à une baisse de leur rémunération et à la perte de marchés
SOURCE : Op cité.
QUESTIONS :
Justifiez le mécanisme qui conduit à la dernière phrase du paragraphe 1.
La théorie paraît-elle vérifiée ?


B – LES BIENFAITS DU LIBRE-ECHANGE : l’ACCORD CANADA-USA

DOCUMENT 24 :
Le commerce ultra-industriel tend à être dominant entre des pays qui sont semblables au point de vue des rapports capital-travail, des niveaux de qualification et ainsi de suite. Ainsi, il sera prédominant entre les pays ayant un niveausemblable de développement économique. [...]
On peut donner un exemple particulièrement net du rôle que jouent les économies d'échelle. Il s'agit de la croissance des échanges automobiles entre les États-Unis et le Canada pendant la seconde moitié des années 60.
Avant 1965, en raison de la protection tarifaire, la production automobile canadienne était largement autosuffisante, sans importations ni exportations, l’industrie canadienne était contrôlée par les mêmes sociétés que l'industrie américaine mais ces sociétés trouvaient meilleur marché d'avoir des installations séparées de production plutôt que de payer des droits tarifaires. Ainsi, l'industrie
canadienne était une version miniaturisée de l'industrie américaine, à l'échelle d'environ un dixième.
Pour les filiales canadiennes des firmes américaines, la faible échelle de production était un désavantage substantiel. Cela venait partiellement de ce que les usines canadiennes devaient être plus petites que les usines américaines. De manière plus décisive, les usines américaines pouvaient être "spécialisées" - c'est-à-dire se consacrer à la production d'un seul modèle ou d'une seule composante - alors que les usines canadiennes devaient produire de nombreuses pièces : les équipements devaient être périodiquement arrêtés pour passer d'un article à un autre ; il fallait constituer des stocks, mettre en œuvre des machines moins spécifiques et ainsi de suite. L’industrie automobile canadienne avait une productivité d'environ 30% plus faible que celle des États-Unis.
En vue de résoudre ces problèmes, les États-Unis et le Canada conclurent en 1964 un accord destiné à établir une aire de libre-échange pour le commerce des voitures. Cela permit aux entreprises de réorganiser leur production. Les filiales canadiennes diminuèrent fortement le nombre de produits fabriqués au Canada. Par exemple, Général Motors diminua de moitié le nombre de modèles assemblés. Le niveau global de production et d'emploi au Canada fut néanmoins maintenu. Ceci fut réalisé en exportant les produits que le Canada continuait à fabriquer. En 1962, le Canada exportait pour 16 millions de dollars de produits automobiles vers les États-Unis et en importait pour 519 millions de dollars. En 1968, les exportations et importations étaient passées respectivement à 2,4 et 2,9 milliards de dollars. En d'autres mots, les exportations et les importations s'accrurent toutes deux fortement : le commerce infra-industriel était à l'oeuvre. Au début des années 1970, l'industrie canadienne avait une productivité comparable à celle des États-Unis.
SOURCE : P Krugman et M Obstfeld, économie internationale,De boeck.
QUESTIONS :
Quelle était la situation avant l’accord , vérifie t’elle l’analyse de Ricardo ?
Construisez un schéma de relations fléchées indiquant les répercussions de l’accord de 1964.Que pouvez vous en conclure ?

II – UNE INADAPTATION CROISSANTE A L’EXPLICATION DES ECHANGES

A – LES FIRMES TRANSNATIONALES ET LA DIVISION INTERNATIONALE DES PROCESSUS PRODUCTIFS

DOCUMENT 25 :
Dans les modèles ricardien et néoclassique la firme n'a pas de dimension ; l'entrepreneur du modèle HO se borne à sélectionner une fonction de production, d'ailleurs imposée par la concurrence. Les modèles contemporains réintroduisent les entreprises et tiennent compte, pour les plus grandes d'entre elles, de leur capacité à influencer la structure du marché et du développement des implantations d'unités de production à l'étranger.
Le phénomène de mondialisation des économies n'est nouveau que par son ampleur qui met en concurrence généralisée les économies nationales. Les firmes multinationales en sont les acteurs principaux en réalisant des investissements directs à l'étranger, L'ouverture des économies se manifeste par une mobilité croissante du capital, les firmes ne reculant plus devant la délocalisation de segments de production et la fabrication d'un produit sur une base internationale, chacune des filiales implantées à l'étranger opérant à un stade différent de la transformation des biens intermédiaires en biens finals.
.Un tel type d'échanges obéit à une logique radicalement différente des transactions sur un marché concurrentiel (a fortiori un marché parfaitement concurrentiel) ; il intervient dans le cadre d'une organisation qui fixe les prix de facturation entre filiales a relève de choix techniques et commerciaux. À proprement parler il ne s'agit d'échanges internationaux, mais d'opérations internes aux groupes dont l'ampleur vouée à s'accroître avec la tendance à la concentration transnationale.
- Commerce intra-branche et DIPP
La répartition des échanges extérieurs révèle l'inadéquation des explications traditionnelles des échanges. Plus de 80 % des flux commerciaux sont réalisés entre pays industrialisés, sans que cette orientation puisse être traduite en termes néoricardiens puisque les dotations factorielles de ces pays sont comparables. La théorie traditionnelle semble vouée à ne rendre plus compte que des échanges Nord/Sud qui restent modelés sur l'échange inter-industriel, c'est-à-dire le commerce de produits issus de secteurs d'activité distincts, reflétant les écarts de dotations factorielles.
Les études menées par B. Balassa dès les années I9603 montrent que le segment le plus dynamique des flux commerciaux concerne l'échange croisé de produits similaires, consécutif à une décomposition des processus productifs : cet éclatement multiplie les échanges de biens intermédiaires dans le cadre d'une division verticale du travail entre pays. Comme les échanges intra-firmes, les échanges intra-branches résultent d'une segmentation du processus de production en plusieurs stades de la transformation à l'assemblage, chacune étant localisée dans un pays différent, et interrompent la chaîne de la valeur ajoutée par importation/exportation de biens intermédiaires. L'ouverture des frontières européennes explique l'essor de ce type de commerce à l'intérieur de la zone, alors que les échanges inter-branche sont proportionnellement plus importants avec les pays dont les structures industrielles diffèrent, comme en témoignent les données suivantes.

Tableau 3 : Les échanges inter-et intra-branches de l'Union Européenne en 1996 selon la destination en % des échanges totaux1
Zone géographique Monde Intra-UE États-Unis Japon
Inter-branche 53 41 47 69
Intra-branche 47 59 53 31

- Échanges intra-branche et concurrence monopolistique
Plutôt que de mettre l'accent sur l'offre seule pour expliquer les spécialisations, un modèle de concurrence imparfaite montre que la demande joue un rôle essentiel en considérant que les firmes peuvent chercher à s'abstraire de la concurrence en différenciant les produits. La segmentation du marché qui en résulte modifie les conditions de la concurrence. La concurrence monopolistique revient à différencier les biens selon la qualité ou selon des caractéristiques externes (style, couleurs, emballage...) de sorte que pour le consommateur les produits ne sont pas strictement substituables. Dans ce cas l'entreprise est la seule à produire un bien mais elle doit redouter la concurrence d'autres firmes qui produisent des biens substituables. La différenciation de l'offre provient du goût des consommateurs pour la variété.
Pour K. Lancaster (1980) l'ouverture des frontières a peu de chances de réduire la variété des productions nationales si les pays ont un revenu par tête comparable. Les différentes fonctions de préférence des consommateurs expliquent que les choix de ces derniers puissent se porter vers des produits importés même si un produit similaire est fabriqué sur place, ce qui favorise les échanges intra-branche. Certes le libre-échange condamne certaines firmes, mais la possibilité d'importer des biens élargit la gamme de choix des consommateurs qui bénéficient en outre de baisses de prix.
SOURCE : A Bruno, op cité.
QUESTIONS :
Quelles sont les hypothèses du modèle ricardien qui sont remis en cause ?
Quelles en sont les répercussions ?