un exemple de corrigé de question de synthèse sur l'existence de la culture jeune

SUJET - APRES AVOIR DEMONTRE QU'IL EXISTE UNE CULTURE JEUNE VOUS RELATIVISEREZ
introduction
45 % des jeunes de 14 à 20 ans vont au cinéma au moins une fois par mois , alors que pour la population totale , la part tombe à 19 % ( doc 1 A ) .
Les jeunes ont donc , par rapport au reste de la population , des loisirs , des distractions spécifiques . Cette particularité de la jeunesse ne se remarque pas seulement au niveau des modes de divertissement. Elle apparaît de manière plus générale au niveau des valeurs , normes , rites .
Ainsi , les jeunes que l’on peut définir à partir de caractéristiques biologiques ( transformations physiques et psychiques ) ou sociales ( état d’irresponsabilité et d’attente ) ont , en apparence , une culture différente de celle de la population totale . La culture est un concept complexe et protéiforme qui a plusieurs caractéristiques : elle est acquise , permet d’adapter l’homme à son environnement , comprend des éléments organisés de manière cohérente pour assurer la cohésion d’une communauté . La culture peut donc être définie comme les valeurs , les normes , les rites et les pratiques socio-culturelles propres à un groupe .
Or , on remarque , a priori , que les jeunes développent des valeurs ,des normes différentes de celles du reste de la population . Cette spécificité culturelle de la jeunesse peut s’expliquer par un effet d’âge et de socialisation résultant de la massification de l’enseignement . Mais , cette différence et cette homogénéité ne sont qu’apparentes : la culture des jeunes est , en réalité , peu distincte de celle des plus âgés ; il n’ y a pas non plus une culture jeune : des différences liées au sexe et à l’origine sociale apparaissent , liées aux modes de socialisation et à l’habitus .


I – UNE HOMOGENEITE CULTURELLE DU GROUPE JEUNES

Les jeunes présentent une homogénéité culturelle : à l’intérieur du groupe jeune , ils ont des valeurs et des pratiques culturelles que partagent l’ensemble des jeunes et qui se révèlent différents de ceux des autres générations . Cette caractéristique de la jeunesse s’explique par des effets d’âge et de génération .

A – CONSTAT

1 – DES VALEURS SPECIFIQUES

Les valeurs , que l’on peut définir comme une manière d’être ou d’agir qu’une personne ou une collectivité reconnaît comme idéale et qui rend estimables les êtres ou les conduites auxquelles elle est attribuée , ne sont pas les mêmes pour les jeunes et pour le reste de la population
On remarque , en effet , qu’il y a quasiment antinomie entre ce qui est important pour les jeunes et ce qui l’est pour l’ensemble de la population ( doc 1 B )
Ainsi , 57 % des jeunes trouvent la religion peu importante , alors que dans l’ensemble de la population , 51 % la trouve très importante . Pour la valeur patriotisme , l’opposition est aussi forte : 51 % des jeunes la trouvent peu importante , 61 % de la population totale la trouve très importante .
Les jeunes ont donc un ethos , c’est-à-dire un ensemble de valeurs , spécifique et souvent en contradiction avec celui développé par les plus âgés . Cette distinction ne se cantonne pas aux valeurs , mais se remarque aussi dans leurs pratiques culturelles .

2 – DES PRATIQUES CULTURELLES SPECIFIQUES

On range dans les pratiques culturelles toutes les manières de vivre ou d’agir d’un groupe qui ne sont pas innées . On prendra comme exemple les pratiques de loisirs et les rites .

a- LES PRATIQUES DE LOISIR

Quelle que soit la nature des loisirs : sport , activités d’intérieur ou sorties , les jeunes développent des activités différentes de celles du reste de la population ( doc 1 A )
On remarque , en effet , que le type de sport pratiqué dépend fortement de l’âge . Les jeunes préfèrent des sports collectifs et nécessitant une dépense physique importante : 9 % des jeunes font du football , contre seulement 4 % de la population totale ; 28 % des jeunes ont fait au moins une fois du ski de piste dans l’année , pour la population totale 12 % . Les plus âgés préfèrent des sports individuels et plus doux : 15 % des jeunes pratiquent la gymnastique contre 18 % dans la population totale .
Cette différence se note également dans les activités d’intérieur : les jeunes lisent des livres ( 42 % ) et écoutent de la musique ( 18 % plus d’une heure par jour ) ; les plus âgées préfèrent lire un quotidien ( 41 % ) .
Les sorties sont aussi un élément de différence : quelle que soit le type de sorties , les jeunes ont un pourcentage supérieur à celui de l’ensemble de la population . Ils sortent donc relativement plus avec une prédilection pour le cinéma ( 45 % y vont au moins une fois par mois )

Les loisirs des jeunes sont donc particuliers à cette tranche d’âge .

b- DES RITES SPECIFIQUES

Cette homogénéité se retrouve dans des rites particuliers qui assure une coupure du groupe des jeunes avec le reste de la population .
Les rites sont des pratiques codifiées obéissant à des règles précises qui assurent la cohésion du groupe . On distingue deux grands types de rites : les rites d’entretien de la vie sociale et les rites de passage qui servent à marquer les étapes de la vie d’un individu.
Un des rites de passage développé par des les jeunes est la cigarette ( doc 4 ) . J.Y.NAU écrit : la cigarette « peut faire partie du rite initiatique d’intégration dans le groupe » . La cigarette est ainsi perçue comme un moyen d’entrer dans le groupe des adolescents et ensuite des adultes .Elle permet d’abord de se distinguer des enfants , car « entre 8 et 12 ans , la plupart des enfants tend à diaboliser la consommation de tabac et d’alcool » . La cigarette favorise donc la rupture avec le monde de l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte , car c’est un moyen « d’entrer dans un processus de construction de l’identité » ( doc 4 ) . En effet , fumer pour un adolescent signifie braver les interdits et prendre des risques , ce qui rapproche du comportement adulte .

Les jeunes développent donc à la fois une sous-culture , c’est-à-dire une culture différente de la culture dominante ( des loisirs spécifiques ) et une contre-culture quand les éléments culturels s’opposent à ceux de la culture dominante ( valorisation de la cigarette , défense de valeurs en contradiction avec celles du reste de la population ) .
Cette culture spécifique des jeunes s’expliquerait tout simplement par l’âge . Comme l’écrit O.GALLAND : « les opinions , les valeurs auxquelles adhèrent les individus , ainsi que nombre d’autres caractéristiques évoluent avec l’âge » (doc 2 )


B – LES EXPLICATIONS : LE ROLE DE L’AGE

Le rôle de l’âge joue d’abord directement : plus les individus sont jeunes , plus ils adoptent des comportements libéraux . Il a aussi une influence indirecte par le biais de la socialisation .

1 – UNE INFLUENCE DIRECTE

On remarque , en effet , qu’une même génération , en vieillissant va adopter des attitudes beaucoup plus conservatrices . Quand cette génération était plus jeune , elle était plus libérale , c’est-à-dire refusant toute intervention extérieure qu’elle provienne de la famille ou de la société et acceptant des comportements jugés traditionnellement déviants .
Ainsi , par rapport à l’homosexualité , la tolérance d’une génération diminue à mesure qu’elle vieillit ( doc 2 ) : 25 % de la génération 36-44 ans en 1981 acceptait l’homosexualité ; 10 ans plus tard , en 1990 , ils ont entre 45 et 53 ans et ne sont plus que 10 % à la tolérer .

2 – UNE INFLUENCE INDIRECTE

Même si en vieillissant , les individus adoptent des valeurs plus restrictives ,l’évolution n’est tout de même pas homothétique . Ainsi , au même âge , un individu sera d’autant plus libéral qu’il appartient à une génération ultérieure .En 81 , les 36-44 ans ( donc nés entre 1935 et 1945 ) sont 25 % à trouver l’homosexualité acceptable ; les 36-44 ans de 90 ( donc nés entre 45 et 55 ) sont 30 % .
L’âge seul n’entre donc pas en compte . Comme l’affirme O.GALLAND ( doc 2 ) ,
« cette différence peut s’expliquer par le fait que le second groupe est plus âgé , ou par le fait qu’il s’agit de deux générations distinctes , socialisées dans des conditions différentes » . Or aujourd’hui , il y a un rapprochement des modes de socialisation des jeunes .
Selon P.Bourdieu , l’homogénéité culturelle de la jeunesse s’explique « par le fait que les différentes classes sociales ont accédé de façon proportionnellement plus importante à l’enseignement secondaire et que , du même coup , une partie des jeunes ( biologiquement ) qui jusque-là n’avait pas accès à l’adolescence , a découvert ce statut temporaire » ( doc 3 ) . Ainsi , tous les jeunes , quel que soit leur sexe ou l’origine sociale , sont dans la même situation et ont le même mode de vie . Ils se retrouvent « dans des enclos séparés du monde » où ils « font des choses très gratuites » . La démocratisation de l’enseignement a donc eu pour conséquence de généraliser une manière de vivre jusque là réservée aux classes supérieures : un groupement basé sur l’âge où l’on apprend des savoirs théoriques .

Tous les jeunes possèderaient donc une même culture , différente de celle des autres générations . Cette spécificité s’expliquerait par des effets d’âge et de socialisation : chaque génération est socialisée de la même manière , ce qui crée cette homogénéité culturelle
Mais comme l’ajoute Bourdieu , cette expérience est pour certains « courte et superficielle » . Il reste encore des différences dans les mode de vie et la socialisation .


II – IL N’Y A PAS DE CULTURE JEUNE

Le type d’éducation varie selon le sexe et l’origine sociale , ce qui crée des différences culturelles au sein de la jeunesse et rapproche les générations .

A – CONSTAT

1 – IL N’ YA PAS UNE CULTURE SPECIFIQUE JEUNE

En effet , quand on compare les caractéristiques culturelles de la jeunesse et celles de l’ensemble de la population , on se rend compte qu’il a peu de différences . Quel que soit l’âge , les individus se retrouvent sur les mêmes valeurs jugées essentielles ( doc 1 B ).
Celles-ci sont la famille ( 93 % des jeunes la trouvent très importante , 88 % pour l’ensemble de la population ) , le travail ( 89 % des jeunes le trouvent essentiel , 75 % pour l’ensemble de la population ), le mariage ( 72 % des jeunes le jugent estimable , 72 % pour l’ensemble de la population ) .
Il n’ a donc pas réellement de coupure culturelle basée sur l’âge . En revanche , il existe d’autres distinctions basées sur le sexe et l’origine sociale .

2 – IL N’ YA PAS D’HOMOGENEITE CULTURELLE BASEE SUR L’AGE

a- DES DIFFERENCES SELON LE SEXE

On remarque , en effet , que les pratiques de loisir qui sont une des composantes de la culture , varient fortement selon le sexe ( doc 1 A ) .
Les sports choisis ne sont d’abord pas les mêmes : les garçons préfèrent le ski de piste ou le foot , les filles la gymnastique . Ainsi , 17 % des garçons font du foot contre 2 % des filles ; en revanche 22 % des filles pratiquent le gymnastique contre 15 % des garçons .
Dans les activités d’intérieur , les différences s’accentuent : 50 % des filles lisent au moins un livre par mois , contre seulement 33 % des garçons .
Les sorties ne sont pas non plus identiques : 43 % des filles vont dans des fêtes ,
22 % des garçons .
Les préférences dans les loisirs des filles et des garçons ne sont donc pas similaires au même âge : les filles choisissent des activités calmes et plutôt solitaires, alors que les garçons optent pour des distractions collectives et nécessitant davantage d’efforts physiques .
A cette différenciation sexuelle s’ajoute une distinction sociale .

b- DES DIFFERENCES SELON L’ORIGINE SOCIALE

Les loisirs varient aussi en fonction du milieu social auquel appartient le jeune ( doc 1 B ).
Le type de sports pratiqué est fortement connoté socialement : 53 % des enfants de cadres font du ski de piste ; 24 % des enfants d’agriculteurs . En revanche le football est le sport de 15 % des enfants d’ouvriers et de seulement 7 % des enfants de cadres .
Les activités culturelles sont encore plus discriminantes : 53% des enfants de cadres lisent au moins un livre par mois contre 23 % pour les enfants d’agriculteurs . Dans les sorties , les enfants de cadres choisissent le cinéma ( 56 % y vont au moins une fois par mois ) et le musée ( 39 % en visitent 2 fois par an ou plus ) ; les enfants d’ouvriers ou d’agriculteurs la fête foraine ( 36 % de ces derniers y vont au moins 3 fois par an ) .
Une partie de ces différences de loisirs selon l’origine sociale s’explique par des facteurs économiques ( le revenu des parents et le niveau de vie des jeunes ) ; mais ceux –ci n’expliquent pas touts les distinctions culturelles des jeunes , notamment celles liées au sexe . Celles –ci résultent de la socialisation et de l’intériorisation d’un habitus particulier .

B – LES EXPLICATIONS

1 – DES FACTEURS ECONOMIQUES

En effet , le choix différentiel selon l’origine sociale des loisirs n’est pas un choix libre , mais résulte d’une adaptation aux contraintes économiques et financières de sa famille .Plus le revenu du jeune ( le sien propre ou celui de sa famille ) sera élevé , plus ses préférences pourront être variées : il pourra donc réellement faire des choix et opter pour des activités coûteuses , comme le ski , le golf , l’équitation qui seront , de facto , interdites aux jeunes de milieu défavorisé .
Comme l’affirme P.BOURDIEU ( doc 3 ) , « le fait de parler des jeunes comme d’une unité sociale , d’un groupe constitué , doté d’intérêts communs , et de rapporter ces intérêts à un âge défini biologiquement , constitue déjà une manipulation évidente . Il faudrait au moins analyser les différences entre les jeunesses , ou , pour aller vite , entre les deux jeunesses . Par exemple , on pourrait comparer systématiquement les conditions d’existence , le marché du travail , le budget temps , etc , des « jeunes qui sont déjà au travail , et des adolescents du même âge ( biologique ) qui sont étudiants : d’un côté , les contraintes , à peine atténuées par la solidarité familiale , de l’univers économique réel , de l’autre , les facilités d’une économie quasi ludique d’assistés , fondée sur la subvention , avec repas et logement à bas prix , titre d’accès à prix réduits et au cinéma » .Il ne peut donc y a voir homogénéité culturelle de la jeunesse , car tous les jeunes n’ont pas les mêmes niveau et mode de vie . Aux deux extrêmes , on peut opposer le fils de cadre étudiant dans une grande école dont les perspectives d’avenir sont assurées , au fils d’immigré vivant dans une cité , ayant peu de diplôme et ayant du mal à trouver un emploi stable . « Cela dit , les « deux jeunesses » ne représentent pas autre chose que les deux pôles , les deux extrêmes d’un espace de possibilités offertes aux « jeunes »

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour, votre correction de synthèse est vraiment très intéressante, et je volais savoir si vous aviez les document dont est issue cette synthèse ? Où pourai-je les trouver, merci.

Florine a dit…

Bonjour, ce que vous écrivez là est très interressant, mais il ne semble pas y avoir la suite. Dans le B-Explications du II-IL N’Y A PAS DE CULTURE JEUNE, la première partie du B semble inachevée et il n'y a pas de deuxième partie. Puis-je savoir la suite? Merci.