Affichage des articles dont le libellé est cours première (option). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cours première (option). Afficher tous les articles

la famille une réalité économique, sociale .. et politique


CHAPITRE : LA FAMILLE UNE REALITE ECONOMIQUE, SOCIALE ET, … POLITIQUE


INTRODUCTION :

A partir de vos connaissances issues du cours de seconde, rappelez :
- Les principes sur lesquelles étaient établies la famille dans les sociétés traditionnelles, et en particulier dans la société d’Ancien Régime français :
· choix du conjoint (influence des parents, place des sentiments, vision du couple et de sa durée)
· place et rôle des individus (père, mère, enfants ) dans la famille
- Comment a évolué la famille depuis deux siècles, montrez en les aspects présentés comme
· positifs
· négatifs.
- Pourquoi aujourd’hui de nombreux observateurs parle t’il d’une crise de la famille :
· Qu’entend t’on par-là ?
· Quels en sont les indicateurs ?
· Quels en seraient les remèdes ?



SECTION I – LA FAMILLE DANS LA SOCIETE D’ANCIEN REGIME

I – LA FAMILLE : UNE AFFAIRE DE FAMILLE

DOCUMENT 1 :
A :
Les théologiens avaient élaboré la distinction entre amour de concupiscence - condamnable - et amour d'amitié. Ils s'appuyaient sur saint Jérôme : « Adultère est aussi l'amoureux trop ardent de sa femme. » Et de répéter que « rien n'est plus honteux que d'aimer une épouse comme une maîtresse 12 ». Pierre Lombard considérait comme la moins honnête des raisons qui entraînent au mariage « la beauté de l'homme ou de la femme qui pousse souvent les cœurs enflammés par l'amour à rechercher la possibilité de rassasier leur désir " ». Cette conception est fondamentale à la définition de la societas maritalis, comme forteresse contre le désordre des passions, et comme institution vouée à la perpétuité. Traduite en prescriptions précises dans les manuels des confesseurs, la morale matrimoniale est particulièrement tatillonne sur la question sexuelle, objet d'une série impressionnante de péchés codifiés. Cette morale conjugale convient parfaitement à la théorie du pacte de famille, où les individus sont entièrement soumis aux intérêts du lignage. Après tout, l'amour conjugal prescrit par Pothier ne suppose nulle inclination'
SOURCE : I.Thery, Le démariage, 1996

B :
La famille d'Ancien Régime1 apparaît, en France, dotée d'une forte autonomie, économique et démographique. Face à l'État absolutiste, elle préserve son quant-à-soi. Elle opère ses choix, en fonction de ses ressources et de ses projets. Totalitaire - holiste au sens de Louis Dumont -, elle impose ses vouloirs à ses membres, qu'elle subordonne à ses fins. Choix du métier, du conjoint, du domicile, même du nombre des enfants sont dictés par l'intérêt du groupe, dont le père est le chef. La limitation des naissances, par retard de l'âge au mariage, coït interrompu, voire continence, est en France très précoce. Paysanne ou aristocratique, la famille traditionnelle est résolument patriarcale, et sa culture imprègne la société toute entière.
SOURCE : M.Perrot, Histoire de famille, Mouvements, avril 2000
QUESTIONS :
- Pour quelles raisons se marie-t-on dans l’Ancien Régime ? Quel rôle joue l’amour ?
- Quelle est la liberté des individus dans la formation du couple ?
- Le couple peut-il être dissous par divorce ? Pourquoi ?

II – LA FAMILLE DOMINEE PAR LE PERE

DOCUMENT 2 :
Le mariage, consolidé par les deux Réformes, a donné au père – déjà héritier d'une partie de la patria potestas romaine, au moins dans les États et les provinces de l'Europe méridionale - un rôle essentiel au sein de la famille : une sorte de monarchie paternelle s'est mise en place. Les devoirs et les droits du père sont alors omnipotents, mais ils sont tempérés par les lois des Églises, et par le rôle de conseillère que joue la mère. C'est bien au père qu'en premier lieu est dévolu le rôle de pérenniser et d'accroître la puissance de sa familia. Montaigne écrit : « On ne se marie pas pour soy, quoi qu'on die ; on se marie autant ou plus pour sa postérité, pour sa famille. L'usage et interest du mariage touche nostre race bien loing par delà nous. » Et c'est la loi divine qui le lui commande : il doit veiller à la « multiplication de l'humain lignage ».
Cette société naturelle a besoin d'une autorité qui a le pouvoir d'obliger, de coordonner et de diriger les volontés des membres vers une même fin, qui se confond avec le bien commun de la famille. C'est pour tendre à ce bien commun que les membres de ce corps social doivent obéir ; en obéissant,
ils accomplissent un devoir envers eux-mêmes. L'autorité paternelle leur est nécessaire. Grotius trouve l'origine de celle-ci dans un droit de propriété (Droit de la guerre et de la faix). Pufendorf invoque le consentement présumé des I enfants. Auprès de ces derniers, le Créateur a placé le père et la mère : l'un et l'autre ont un droit naturel à exercer cette autorité. Mais le père l'emporte sur la mère, car c'est lui qui peut le mieux gouverner la société domestique : il lui procure les ressources, il veille à ses intérêts économiques, il préserve son unité et la relie aux générations précédentes. Tant que le père peut exercer cette autorité, la mère n'a qu'un droit de participation et de conseil. Mais, si le père est mort ou dans l'incapacité d'exercer son autorité, la mère est naturellement désignée pour le remplacer. Elle a les mêmes droits à l'autorité, et ses droits sont supérieurs à ceux de toute personne étrangère à la société filiale.
L'autorité paternelle a un double but : assurer la vie et l'éducation de l'enfant ; maintenir l'unité familiale. Ce sont ces devoirs qui conditionnent les pouvoirs du père. Tout d'abord, le père, selon ses capacités matérielles et son état physique, doit assurer la vie de l'enfant, c'est-à-dire l'entretenir, le secourir s'il est débile de corps et d'esprit, tant qu'il le peut, lui procurer un établissement convenable par une formation, un apprentissage, des études.
Il a aussi le devoir de l'assister, même après sa majorité. Il a encore le devoir d'éducation, c'est-à-dire de formation intellectuelle, et surtout morale et
religieuse. Il a enfin le devoir, vis-à-vis de ses enfants et de sa famille, d'assurer la stabilité, la prospérité et la pérennité de celle-ci. Prolonger la race, au sens de famille régnante descendant d'un ancêtre commun, ou la parentèle, au sens de ceux qui descendent d'une même souche, est une nécessité pour les pères porteurs de la couronne, du nom, de l'honneur et des biens qui leur ont été légués par leurs propres pères. Cette conception est universelle dans la société d'ordre. Le père a pour mission d'assurer sa descendance, mais aussi, par ses conseils et son exemple, de montrer quelle est la meilleure voie pour parvenir à la prospérité familiale et patrimoniale.
SOURCE : A.Molinier, Pérenniser et concevoir, in Histoire des pères et de la paternité, Larousse 1999
QUESTIONS :
- Qui dispose de l’autorité et du pouvoir dans la famille ? Pour quelles raisons ?
- Comment est exercée cette autorité ? Quelles en sont les contraintes, pour ceux qui la subissent mais aussi pour celui qui la détient ?


III - PLACE ET ROLE DE L’ENFANT DANS LA FAMILLE


DOCUMENT 3 :
A :
La fonction paternelle le transmission demeure, mais son objet hange : le père se recentre sur la transmission les valeurs. Il devient un « père moral », voire in «père-la-morale». Cela signifie que les arents - le père comme la mère, et le plus souent la mère sous le contrôle du père – savent ce qui est « le bien », immatériel, de leur enfant.Le système éducatif postule que l'enfant doit être « réformé », que sa nature, mauvaise ou informe, doit être modifiée selon un ensemble de règles que l'enfant doit respecter et finalement incorporer. La transformation intérieure de l'enfant se manifestera par une série de comportements (la bonne tenue à table, par exemple) qui définissent une personne conforme, c'est-à-dire, dans l'esprit du temps, un adulte.
SOURCE : F.De Singly, Le père de famille est devenu Pygmalion, in L’autorité malmenée, Le Monde des débats, mars 1999

B :
Plusieurs traités de pédagogie et encyclopédies abordent plus directement le rôle paternel, que résume alors le verbe IV – LA FAMILLE, UNE INSTITUTION

A – LA FAMILLE SOUS L’ŒIL DE LA COMMUNAUTE

DOCUMENT 4 :
Dès la formation du couple, au cœur même du cérémonial religieux, des rituels mettent l'accent sur la détention de l'autorité. Ils font appel à l'efficacité du symbole qu'une identité culturelle partagée permet à tout le groupe de saisir immédiatement. Lutte autour du passage de l'anneau au doigt de la femme, genou placé par l'époux sur le tablier de sa femme, autant de signes de l'intérêt accordé au fait de savoir qui « portera la culotte ». Le couple vit en effet sous l'œil de la communauté et cette intervention externe a une double face. Ce que nous considérons comme appartenant au domaine privé, relations affectives et sexuelles, sont, d'une certaine façon, de l'ordre public. La tension entre mari et femme est réduite parce que la vie sociale s’organise en groupes. La communauté locale ne tolère pas les déviances et contrôle l’image que donne le ménage, en lui infligeant, si nécessaire, des blâmes publics. On connaît les charivaris ou promenades à âne imposés aux veufs qui, se remariant avec des filles trop jeunes ou trop éloignées socialement, prélèvent sur le stock des mariables une conjointe destinée aux garçons. De même les maris qui se laissent battre par leur femme, mettant ainsi en danger l'ordre social en acceptant l'irruption d'un monde à l'envers dans leur vie conjugale, sont publiquement stigmatisés.
SOURCE : M.Segalen, Sociologie de la famille, A.COLIN, 1981
QUESTIONS :
- La notion de vie privée a-t-elle un sens dans les sociétés traditionnelles ? Pourquoi ?
- La société tolère-t-elle que l’homme ne dispose pas de l’autorité dans la famille ? Pourquoi ?

B -LA FAMILLE, UNE AFFAIRE D’ETAT

DOCUMENT 5 :

La monarchie exprime de plus en plus nettement la volonté qu'a l'État de contrôler les mariages, dans l'intérêt du lignage et de l'ordre social tout entier. Elle ne cesse de rappeler que le mariage n'est pas seulement l'union de deux individus, mais la source de la famille, séminaire de la société civile. C'est ce qu'affirme nettement le préambule de la Déclaration de Saint-Germain de Louis XIII, en 1639 : « Comme les mariages sont le séminaire de l'État, la source et l'origine de la société civile et le fondement des familles qui composent les républiques, qui servent de principe à former leur police et dans lesquelles la naturelle révérence des enfants envers leurs parents est le lien de légitime obéissance des sujets envers leur souverain... » On retrouvera cette conception dans le Traité du mariage, composé sur ordre de Colbert en 1670 : « Le mariage n'est pas seulement fondé sur l'intention et les principes de la nature, il tient aussi fortement aux lois de la police civile, ou plutôt il en est le premier fondement parce que cette société qui compose la famille est la source et le séminaire de la société publique. »
SOURCE : I.Thery , op cité
QUESTIONS :
- Quelle place occupe la famille dans la société ?
- Pourquoi l’Etat intervient-il dans un domaine qui ne semble pas à priori être le sien ?


CONCLUSION :

DOCUMENT 6 :

En un temps très court (1791-1793), on assiste donc à un renversement radical de valeurs séculaires, qui conduisit à l'exécution du monarque alors que le régicide était jusqu'alors considéré comme le crime le plus grave et le plus impardonnable puisqu'il associait la mort du père à celle du représentant de Dieu sur terre. Autrement dit, le 21 janvier 1793, à travers Louis Capet guillotiné, c'est un ensemble de références fondamentales, de la puissance paternelle à l'omnipotence divine, qui disparaissent publiquement ou, à tout le moins, qui sont bafouées. « En coupant la tête du roi, écrit Balzac dans les Mémoires de. deux jeunes mariés, la République a coupé la tête à tous les pères de famille. » Et Le Play fera, plus tard, ce rapprochement caractéristique : « Le 7 mars 1793, six semaines après la condamnation à mort du roi Louis XVI, la Convention interdit aux pères de famille la faculté de disposer de leurs biens par testament » (l'Organisation de la famille). Mais, si les Conventionnels sont des fils qui tuèrent leur père, c'est aussi parce que la Révolution se fondait sur d'autres valeurs. Avec finesse, Lynn Hunt remarque qu'au corps patriarcal de l'ancienne monarchie se substitue une triade féminine des sœurs (liberté, égalité, fraternité) auxquelles se joindra un frère : le peuple. La famille révolutionnaire s'apparente ainsi à une famille égalitaire, sans père ni mère
SOURCE : A.Cabantous, La fin des patriarches, in Histoire des pères et de la paternité, op. cité
QUESTIONS :
- Que traduit le régicide ? En quoi dépasse-t-il la seule mort du roi ?


SECTION II – LA FAMILLE DEPUIS LA REVOLUTION FRANCAISE


I - LA FAMILLE UNE AFFAIRE INDIVIDUELLE.

DOCUMENT 7 :
A :
La conception de la filiation et le rôle qu'on lui accorde sont des enjeux sociaux et politiques. Ce qui est en cause, c'est avant tout la façon dont on conçoit les relations entre les individus dans la famille et plus largement dans la vie privée. La Révolution française a introduit une conception individualiste. Elle a donc cassé la famille comme groupe préexistant aux individus. C'est par un contrat que les individus, libres et égaux, se réunissent.
SOURCE : F De Singly, le contrat remplace la lignée, Le monde des débats, mars 2000.

B :
une seconde série de facteurscontribuent à affaiblir la famille traditionnelle : l'individualisme qui gagne dès la fin du 19e siècle, envers et contre toute morale, tous les milieux sociaux, les âges de la vie et les deux sexes. Un immense désir de bonheur - ce bonheur dont le révolutionnaire Saint Just disait qu'il était en Europe une idée neuve -, d'être soi-même, de choisir son activité, son métier, ses amours - sa vie en somme - s'empare de tous et de chacun, et notamment des catégories les plus dominées de la société - la classe ouvrière par exemple - et de la famille : les jeunes, les femmes. Lassés de n'avoir que des devoirs, ils revendiquent leurs droits. Les jeunes affirment leur autonomie, résistent, sourdement, voire ouvertement, aux décisions parentales, paternelles surtout. Tandis que leurs frères fuguent et frondent, les demoiselles de la bonne société confient à leur journal leur désir de plaire et d'aimer, de se marier par amour, voire d'être indépendante et de créer. Passé dix-huit ans, les jeunes ouvriers n'acceptent plus de remettre à leurs parents la totalité de leur paye ; ils préfèrent vivre en concubinage ou courir les routes. La famille a de plus en plus de mal à imposer ses vues à ces jeunes révoltés dont Arthur Rimbaud est le symbole.
Plus encore, peut-être, les femmes veulent être des personnes. Elles sont clé plus en plus nombreuses à vouloir s'instruire, aller et venir librement,voyager, gérer leurs biens, éventuellement travailler et disposer librement de leur salaire. Les femmes rêvent d'amour (c'est le grand thème de romans-feuilletons dont elles se rassasient) et comme le mariage demeure leur loi, elles interviennent de plus en plus dans le choix du conjoint, préférant souvent le célibat à un époux imposé.
Le couple est une valeur en hausse : un couple beaucoup plus égalitaire fondé sur l'attrait sexuel, ciment du mariage d'amour. Il domine la scène familiale et culturelle (cf. le cinéma américain, ses couples célèbres et le baiser sur la bouche) entre 1900 et I960. De plus en plus soucieux de contrôler ses naissances, de séparer sexualité et procréation, il se montre relativement imperméable aux injonctions natalistes de l'État, prend ses distances vis-à-vis de la doctrine catholique qui ne reconnaît que les moyens naturels ou la continence, comme le puritanisme communiste qui, en 1956, conduit Jeannette Vermeersch à condamner Jacques Derogy : clans son livre Des enfants malgré nous, il s'était insurgé contre le natalisme du Parti.
SOURCE : M Perrot, histoires de famille, in mouvements n°8, avril 2000.
QUESTIONS :
- Quel est le déterminant qui a entraîné la disparition de la famille traditionnelle, pourquoi ?
- Quelles sont les catégories de la population qui sont à l’origine de la remise en cause du modèle traditionnel de famille, qu’ont-elles en commun ?
- Qu’est ce qui fonde le couple dans les années 60, quelles répercussions cela a t’il ?

DOCUMENT 8 :

« C'est par l'institution matrimoniale, par les règles qui président aux alliances, par la manière dont sont appliquées ces règles, que les sociétés humaines, celles mêmes qui se veulent les plus libres ou qui se donnent l'illusion de l'être, gouvernent leur avenir, tentent de se perpétuer dans le maintien de leurs structures, en fonction d'un système symbolique, de l'image que ces sociétés se font de leur propre perfection » loin d'être seulement l'institution fondatrice de la famille, loin d'être seulement un élément de la reproduction sociale, le mariage a toujours été dans le passé l'incarnation du système symbolique fondant l'être-ensemble des sociétés, leur donnant bien plus que des règles et des interdits, une identité commune, une visée dans l'imaginaire, « l'image que ces sociétés se font de leur propre perfection ». Or c'est cette place symbolique qui a été remise en cause par la redéfinition contemporaine de la signification du mariage : si son fondement est le sentiment, sa vie le bonheur, sa mort le désamour, comment le mariage, même profondément modernisé, continuerait-il d'être ce qu'il fut autrefois, l'horizon indépassable des relations entre les hommes et les femmes, le fondement de la société tout entière, la « clé de voûte de l'édifice social » ? Quand on dit que le mariage est devenu une affaire privée, ce n'est pas seulement le changement des attentes personnelles à l’égard de l’union que l’on devrait désigner, mais un phénomène culturel analogue, toutes proportions gardées, à celui du désanchantement du monde que décrit Marcel Gauchet à propos de la religion. Comme elle, le mariage n'est plus consubstantiel à l'univers humain de nos sociétés, il est devenu une expérience subjective ; le choisir pu le
rompre relève de la conscience individuelle. Ce mouvement, qui bouleverse la définition même du privé, nous le nommerons le démariage.
De même que l'État a abandonné la religion aux religieux, il lui est demandé aujourd'hui d'abandonner la conjugalité aux individus. Dès 1972, une enquête soulignait « l'opinion de plus en plus répandue que la vie affective et sexuelle relève exclusivement de l'individu. Elle est perçue comme une affaire privée et la société n'aurait juridiction ni pour la juger, ni a fortiori pour la sanctionner ». Ainsi conçue, l'autonomie de l'individu s'oppose par définition à la loi commune, non pas que l'individu n'en respecte aucun des aspects mais parce quelle ne saurait lui être imposée par la communauté sociale. Ce mouvement profond d'individualisation du privé " rend presque impensable la relation privé/public, qui ne fonctionne que dans un seul sens : lorsqu'elle est réinterprétée et reconnue par l'individu. Toute intervention extérieure dans le domaine privé est alors frappé d’une fondamentale illégitimité, qui l’assimile à une forme d’intrusion.
SOURCE : I Thery, le démariage O Jacob, 1996;
QUESTIONS :
- Quel rôle jouait traditionnellement l’institution matrimoniale ?
- Continue t’elle à le jouer ?
- Quelle place est-elle désormais accordée à l’Etat en ce qui concerne la vie familiale ?
- Que pense I Thery de cette évolution ?

II – UNE REMISE EN CAUSE DE L’AUTORITE PATERNELLE.

DOCUMENT 9 :
Division des sexes. Vers la fin des années 1960, le droit français était engagé dans un processus d'indifférenciation en ce qui concerne le statut des hommes et des femmes, processus qui avait commencé depuis l'immédiat après-guerre. À l'ancien modèle de l'inégalité complémentaire entre le mari et l'épouse – qui avait concerné tout autant la citoyenneté politique, la gestion du patrimoine ou les rapports personnels dans le mariage - se substitue un autre, de type égalitaire, où les hommes et les femmes sont juridiquement interchangeables.Ce processus a pris une telle ampleur dans l'espace de quelques décennies que le juriste Jean Carbonnier a pu affirmer que le droit français était devenu hermaphrodite.
L'aboutissement de cette logique aurait dû finir par rendre superflue la division des sexes. Pour cela, il fallait s'attaquer à la dernière source d'inégalités qui subsistait du passé, c'est-à-dire à la prééminence masculine dans le domaine de la procréation et de la filiation. Or, les réformes intervenues dans ce domaine depuis la fin des années 60 n'ont pas suivi la logique de l'égalité entre les hommes et les femmes. Les nouvelles inégalités, mises en avant au nom du droit des femmes à disposer de leur corps ainsi que de l'égalité entre les enfants légitimes et naturels ont été les objectifs visibles et immédiats de ces transformations. Et c’est autour du corps et de ses puissances procréatrices, différentes chez les hommes et les femmes, que se réorganise l'ensemble du dispositif normatif. La grossesse allait légitimer le pouvoir exorbitant des femmes au détriment des hommes.
La loi Veil de 1975, autorisant l'avortement, peut être considérée comme le point de départ du différencialisme sexiste moderne, par la façon dont le droit à l'avortement a été conceptualisé par le mouvement féministe et par sa facture juridique. En effet, le droit à disposer de son corps a été conçu comme un droit prépolitique, né d'un rapport originaire des femmes avec elles-mêmes que ni la société ni le père ne pouvaient troubler sans porter atteinte à leur «liberté naturelle». Le droit à disposer de son corps comportait non seulement le versant négatif de la procréation (contraception et avortement) mais aussi le versant positif, c'est-à-dire le fait de faire naître des enfants lorsque les femmes le veulent. Et personne, et surtout pas le père, ne pouvait se substituer à cette volonté toute-puissante de la mère d'avorter ou de faire naître. sous X. Ainsi, les femmes sont détentrices du pouvoir exorbitant de désigner le père aussi bien que de l'exclure.
Paradoxalement, loin d'avoir libéré les femmes de leur attachement classique et premier aux enfants, ces règles qui les ont rendues toutes-puissantes les ont plus que jamais enchaînées à cette fonction de mères. Les femmes continuent comme auparavant, à assurer la reproduction sociale, mais désormais ce rôle ne sera plus imposé mais volontaire.
Mère légale. Même dans le cas où un homme et une femme ont décidé de concevoir ensemble un enfant in vitro, le pouvoir de conserver ou de ne pas conserver l'enfant ne revient qu'à la mère De même, dans le cas de l'avortement thérapeutique, alors que le motif n'est pas la détresse de la femme mais la santé de l'enfant à naître, c'est encore à la mère seule que cette décision incombe, même si l'on ne peut évoquer ici sa liberté corporelle car le choix est de type eugénique. Cette construction normative de la mère légale, pour être perçue dans toute sa réalité, doit être articulée avec les nouvelles règles en matière de filiation établies pendant la même période.
Depuis la réforme du droit de la filiation de 1972, l'ouverture de la recherche en paternité n'a pas cessé de s'accroître, tant par de nouvelles lois que par l'interprétation des juges. La femme a ainsi le pouvoir d'attribuer l'enfant qu'elle a mis au monde au géniteur, même si celui-ci n'a pas consenti à être père. De surcroît, la loi de 1993 a interdit la recherche en maternité dans le cas d'accouchement sous X). Ainsi, la maternité est pour la femme un choix de la conception à l'accouchement tandis que pour l'homme la paternité peut être le résultat d'une sanction, pour le seul fait d'avoir eu des rapports sexuels avec une femme. Qui plus est, la paternité peut aussi lui être refusée par la décision de la femme comme dans le cas de l'accouchement.
SOURCE : M Iacub, filiation, le triomphe des mères, le monde des débats, mars 2000.
QUESTIONS :
- Quelle était la situation jusqu’aux années 60 sur le plan de l’égalité homme-femme à l’intérieur des couples ?
- Caractérisez l’évolution, peut-on dire que l’inégalité homme-femme ait disparue ?
- Qu’entend l’auteur par différencialisme sexiste moderne ?
- Comment a évolué le droit de la filiation, à qui est-il favorable aujourd’hui ?

DOCUMENT 10 :
L'histoire des droits de l'enfant, linéaire, inéluctable, est celle d'un progrès en marche, montrant que l'histoire a un sens et un seul. De la patria potestas à la puissance paternelle, puis à l'autorité parentale, le signe univoque de cette nécessité historique serait que les droits des parents n'ont cessé de devenir plus limités et plus contrôlables et la limitation progressive des prérogatives adultes dessine ainsi à la fois le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir. L'autorité parentale apparaît comme une survivance, qu'il convient de débarrasser des traits de domination que le mot semble impliquer, en affirmant que les parents n'ont pas de droits, mais seulement des devoirs : l'avènement de la « responsabilité » parentale et la promulgation de nouveaux droits civils pour les enfants doivent très logiquement et naturellement marquer l'accomplissement total de la libération de l'enfance. La force de cette inscription mythique dans le déroulement du progrès est celle de l'intimidation intellectuelle : en désignant le camp des anciens et celui des modernes, en opposant les nostalgiques honteux de la puissance paternelle aux hommes et femmes de demain, passant « contrat » dans la confiance avec des enfants enfin libérés.
SOURCE : I Thery, op. cite.
QUESTIONS :
- Comment a évolué historiquement l’autorité paternelle, que cela traduit-il ?
- Quel est le modèle de référence parental actuel ?

DOCUMENT 11 :
Ces styles éducatifs sont modulés par l'origine sociale des parents, leur niveau d'éducation, leur profession et leur revenu. Du point de vue des objectifs éducatifs, les parents de milieux ouvriers insistent davantage sur l’obéissance,la conformité et la réserve alors que ceux de milieux bourgeois mettent davantage l'accent sur l'autonomie, la créativité et l'autorégulation [Bronfenbrenner, 1958]. Du point de vue des méthodes éducatives, les parents des classes populaires font davantage usage de contrôle, de punitions, de coercition, de surveillance et de force que les parents du haut de l'échelle sociale, qui tentent plus souvent de raisonner l'enfant, communiquer avec lui, de lui offrir leur soutien et qui font , recours au pouvoir parental [Gecas, 1979]. Les premiers- s'attachent surtout aux conséquences de la conduite de l’enfant ; les seconds se montrent, lorsqu’ils sanctionnent l’enfant 'plus sensibles à ses intentions et à ses motivations.
Enfin la nature de la relation de pouvoir entre parents et enfant est plutôt de type autoritaire ou autocratique dans les milieux populaires alors qu'elle aurait tendance a être de type égalitariste ou démocratique dans les milieux bourgeois




SOURCE : J Kellerahls Et C Montandon, les styles éducatifs, in la famille l’état des savoirs, la découverte, 1992.
QUESTIONS :
- complétez le tableau suivant :


FAMILLES OUVRIERES
FAMILLES BOURGEOISES
OBJECTIFS EDUCATIFS


METHODES EDUCATIVES


NATURE DE LA RELATION PARENTS-ENFANTS



- Quel modèle parental vous semble t’il être aujourd’hui le plus conforme à celui développé dans le document précédent ?


III – L’ENFANT ROI ?

DOCUMENT 12 :
Une troisième période s'ouvre à partir des années 70. Les enfants sont désormais soumis a une équation totalement différente : la consigne n'est plus l'ingestion de règles externes édictées par les parents. Au contraire, on demande aux snfants de devenir « eux-mêmes ». On postule donc qu'ils ont une nature plutôt bonne sur le fond - un postulat assez rousseauiste. Les parents ne doivent pas gâcher ce bon fond par l’imposition de règles trop nombreuses et rigides. Leur devoir de parents n'est plus, comme dans la période précédente, de modeler le développement de l'enfant, d'en être les auteurs, mais est de l'accompagner, l'auteur du développement devant être l'enfant lui-même.
Ce nouveau changement est cohérent avec les évolutions de la société. Auparavant, le père possé'dait une richesse, matérielle puis morale, qu'il transmettait aux enfants. Avant cette transmission, l'enfant n'était rien; après, il était tout. Aujourd'hui, le fonctionnement du marché du travail impose à l'individu de se définir lui-même. On ne demande plus à un adolescent, au sortir de son « élevage » : «Qui est ton père?», mais : « Qui es tu toi. en tant qu 'individu, quels sont ta compétence,ton diplome, ton expérience?». L'affirmation progressivede l’autonomied de l’enfant dans la famille a suivi ce changement. La révolte antiautoritaire de mai 68 a marqué symboliquement l’entrée dans cette nouvelle ère de l’histoire de la famille, celle des « parents traducteurs ».
À son service. L'enfant, dans ce nouveau modèle, est considéré comme ayant sa nature propre, mais qu'il ne comprend pas lui-même.
Quand, par exemple, il fait une colère, tous les journaux éducatifs expliquent que celle-ci signifie « quelque chose », et que c'est aux parents de l'interpréter. Le rôle des parents est donc d'aider l'enfant à se développer, ils sont à son service. C'est un retournement historique. Les enfants des première et deuxième périodes et ceux d'aujourd'hui sont radicalement différents. Dans la période actuelle, nous nous trouvons dans un processus qu'on pourrait qualifier d'autoproduction ou d'accompagnement de l'autoproduction, alors que dans les périodes précédentes, les parents étaient les « producteurs » des enfants. L'enfant cache au fond de lui-même le secret de son être, et les adultes vont l'aider à le mettre au jour .
SOURCE : F de singly, le père de famille est devenu Pygmalion, op. cité.
QUESTIONS :
- Quel est le nouveau modèle d’enfant développé par la société à partir des années 70 ?
- Sur quelle évolution s’appuie t’il ?
- En quoi cela transforme t’il en profondeur le rôle des parents ?

DOCUMENT 13 :
En faisant de l'enfant comme être vivant, biologique, la source d'une prétendue pensée sur le droit, c'est à la fois à l'enfant, à l'adulte, à la culture, au droit et à la signification humaine du temps que l'on prétend amener la plus implacable, la plus destructrice des réponses: celle du sujet auto-fondé.
La mythification de l'Enfant n'a rien de rassurant, et traduit la crise profonde des représentations et des valeurs qui, à travers le privé, affecte la société tout entière. Si les idéologues des droits de l'enfant ont pu mêler, de façon si difficile à comprendre, le tout-enfant et le tout-Etat, le refus du pouvoir et l'arbitraire des normes édictées, c’est que l’un et l’autre se rejoignent pour rappeler que Tocqueville avait raison d’imaginer dans l’Etat tutélaire la source et la traduction de l'infantilisation généralisée : « L'individu adulte n'a plus aujour-
d'hui une définition adulte de lui-même. Il ne se conçoit pas en termes de responsabilité, il ne se pense pas comme capable de penser par lui-même. L'actualité de cette convention est de révéler Jtnfantilisation générale de notre société . » - '
Olivier Mongin remarque avec justesse que l'enfant mythique traduit d'abord l'incapacité de la société contemporaine à se situer dans l'histoire : « la société entretient un double mouvement avec l'enfant : d'une part elle l'idéalise comme la figure de la perfection, , comme une forme parfaite, sans histoire , ; d’autre part, elle refoule tout ce que l’enfance draine comme vulnérabilité : c’est parce que la fragilité est insupportable, et que la souffrance est refoulée en profondeur dans notre monde, que l’enfance disparaît au profi d’un enfant idyllique, véritable héros mythique qui ne doit pas vieillir et n’a d’autre avenir que de se soustraire aux affres de l’histoire.


IV – LA FAMILLE UNE INSTITUTION ?

A – VERS UNE PRIVATISATION DE LA VIE FAMILIALE ?

DOCUMENT 14 :
Privé, défense d'entrer. Au-delà de cette limite, aussi naturelle-ment que nous refermons sur notre intimité la porte de nos maisons, nous laissons derrière nous l'espace de la cité pour vivre, dans un monde qui n'appartient qu'à nous, une autre part de notre existence. Privés nos choix, nos goûts, nos échecs, nos amours, nos souffrances. Privés nos liens d'affection, nos ruptures, nos passions, Attachés à notre indépendance individuelle comme à la prunelle de nos yeux, nous voyons dans la protection de l'espace privé la condition même d'une vie plus vraie, parce que conquise sur les modèles institués, sur le bien et le mal édictés d'avance, sur le catéchisme des moeurs. La vie privée, cette part qui nous revient dans un monde où tout nous échappe, nous la voulons comme le symbole même du souci de soi, de l'élan d'authenticité personnelle où chaque liberté, chaque interdit, chaque devoir et chaque transgression seraient une conquête de sens.
Pourtant, depuis quelques années, une inquiétude s'accroît. Le mur qui sépare l'espace privé de l'espace public, n'est-ce pas aussi celui qui sépare le moi et la communauté, les nôtres et les autres, et qui coupe en deux chacun de nous, privant l'existence de sa dimension vraiment humaine ? Quelque chose s'est défait. Les individus assignés à résidence privée manquent d'air et de souffle, la diversité formelle masque des modes de vie de plus en plus standardisés. Les seules vraies fractures sont sociales ; les vraies différences ne sont pas choisies, mais subies. La vie privée, déconnectée de tout sauf d'elle-même, a beau se vouloir plus libre, elle n'en est pas plus ample. On la soupçonne désormais de ne nourrir rien d'autre que l'égotisme le plus exacerbé et le plus vain. Chacun dans son chez-soi, la vie privée n'aurait-elle fait de l'individu souverain et libre qu'un petit Narcisse gonflé comme un ballon de papier, s'épuisant à combler la vacuité des jours à force de divertissements et de Tranxène, jamais assouvi, jamais heureux de ce qu'il a ? À l'image de l'espace ouvert à la créativité par le refus des normes se substitue alors celle de l'enfermement dans un désert de repères et de valeurs communes. Vie privée, certes, mais privée de quoi ?
SOURCE : I Thery, op. cite.
QUESTIONS :
- Pourquoi surinvestissons-nous autant la sphère privée familiale depuis quelques années, que nous apporte t’elle ?
- Justifiez la dernière phrase du texte.

B – VERS UN ETAT MOINS INTERVENTIONNISTE ?

DOCUMENT 15 :
Emile Durkhcim dans Leçons de sociologie : «Le rôle de l'État n'a rien de négatif. Il tend à assurer l'individualisation la plus complète que puisse permettre l'état social. Bien loin qu'il soil le tyran de l'individu, c'est lui qui rachète l'individu de la société». En France, l'Elat a joué et joue un rôle décisif dans la formation de la famille moderne et post-moderne tout d'abord en dévaluant l'autorité du père du fait de l'enseignement obligatoire, ensuite en transformant certaines situations en «risques familiaux» qui méritent d'être pris en charge. En effet, l'idéal de la famille post-moderne n'est pas sans poser de problèmes pour les acteurs sociaux concernés. L'autonomisation, associée à la centration sur l'affectif, rend instable le couple conjugal. La moindre pérennité de ce groupe a, à son tour, des effets qui sont peu contrôlés. Notamment, si les femmes peuvent davantage affirmer leur indépendance grâce à leur plus grande activité professionnelle, elles n'ont pas toutes, pour autant, les moyens de se séparer de leur conjoint sans payer un prix élevé. Certaines, en sortant de la vie conjugale, entrent dans le cercle de la pauvreté
La logique de l'autonomisation des individus, «le mouvement social promouvant l'émancipation de la femme des liens patriarcaux», les transformations du droit civil de la famille « libérant la femme et l'enfant de la dominance quasi féodale du pater familia», selon Franz Schulteis conduisent les femmes les moins bien dotées à payer «le prix de l'égalité et de la liberté individuelle» ; «tandis que les couples des nouvelles classes moyennes particulièrement favorables aux transformations juridiques des rapports familiaux y trouvaient leur compte, ayant 'ous les atouts pour réaliser non seulement un "beau mariage" mais encore un "beau divorce" (séparation tout en restant "amis" et en continuant d'exercer l'autorité parentale en commun), les conséquences de ces réformes ne sont guère les mêmes en ce qui concerne les femmes des couches sociales moins privilégiées».
À partir des années 1970, la vie familiale devient un «risque» qui se traduit dans «la féminisation de la pauvreté et la paupérisation des
familles monoparentales». Pour corriger en quelque sorte les effets associés aux réformes du droit civil et les effets de la «généralisation du modèle d'individualité», l'État intervient,
L'État intervient donc fortement dans les nouvelles règles du jeu domestique, conformément à la thèse d'Emile Durkheim, en autorisant la diminution de la dépendance des femmes vis-à-vis des hommes, en prenant en charge en contrepartie les effets de cette baisse, quitte ;augmenter la dépendance de certaines femmes, de certains groupe;
SOURCE : F De Singly, Sociologie de la famille contemporaine, Nathan université, 128, 1993.
QUESTIONS :
- Justifiez la phrase de Durkheim à partir de la suite du texte.
- Toutes les catégories sociales ont elles la possibilité de se conformer au modèle dominant pourquoi ?




L'entreprise une réalité économique sociale et... politique

CHAPITRE INTRODUCTIF :
L’ENTREPRISE:UNE REALITE ECONOMIQUE , SOCIALE ET ......POLITIQUE


I – L’ENTREPRISE , UNE ORGANISATION ECONOMIQUE


Document 1 : 1 p 9
Questions :
1. Après avoir défini le terme secteur moteur , vous montrerez que l’industrie automobile est un secteur moteur

Document 2 :
La firme privée recherche à la fois le profit et la croissance :
- le profit, parce que, indépendamment des risques et des incertitudes, le choix des investissements se fait bien selon des critères de recherche du meilleur taux de rentabilité interne (ou du moins d'un taux minimum) ;
- la croissance, parce que, dans la majorité des cas, la dynamique concurrentielle implique nécessairement de la part des entreprises la croissance du chiffre d'affaires et des parts de marché.
Source :Jean-Marie Chevalier, Encyclopédie économique, tome 2, © Économica, 1990.
Questions :
2. Quels sont les objectifs des firmes privées ?
3. Comment peuvent-elles atteindre ces deux objectifs ?



II- L’ENTREPRISE : UNE ORGANISATION SOCIALE

Document 3 :
L'entreprise est présentée aussi bien dans les discours politico-administratifs que dans une grande partie des théories sociologique qui analysent le travail et la construction des identités, comme un haut lieu de socialisation, celui où s'épanouirait le collectif de travail où s'acquerraient les identités, où se développerait une solidarité objective. L'entrée en entreprise est toujours présentée comme l'initiation à la vie sociale ; en être tenu écarté équivaut à l'exclusion sociale. Dans les années 1980, l'entreprise est également devenue une « organisation », objet d'une sociologie particulière, dont le but était de maximiser son efficacité, de trouver les organisations les plus performantes... Ce courant d'analyse, globalement antitaylorien, a conduit à la stratégie des ressources humaines, à la notion d'attachement des salariés à l'entreprise, à l'idée que la productivité serait plus élevée si la motivation au travail était plus grande et donc si les conditions de travail, la communication, les rapports entre salariés et direction étaient meilleurs. Peu à peu l'idée s'est fait jour d'une entreprise qui assurerait, en plus de la fonction de production, d'autres fonctions de nature sociale, permettant l'expression, la cohésion, la sociabilité des salariés : l'entreprise, société en miniature, serait devenue un haut lieu de vie sociale. (...)
Source : D Méda,, le travail, une valeur en voie de disparition, Aubier.
Questions :
4. Quels rôles occupe l’entreprise dans la vie de l’individu ? Sont-ils seulement économiques ?
5. Rappelez les caractéristiques du modèle d’organisation du travail taylorien
6. Aujourd’hui , quels paraiisent être les moyens utilisés pour améliorer l’efficacité de l’entreprise ?

Document 4 :
L'affaire Thomson Multimédia l'a cruellement démontré en 1996. En suivant les conseils de ses experts, le Premier ministre français de l'époque décidait de céder l'entreprise déficitaire à un groupe coréen pour un franc symbolique. En 2000, Thomson Multimédia était valorisé à plus de 15 milliards d'euros par la Bourse. Certains en concluent que la société avait fait beaucoup de progrès en quatre ans... Certes, mais ce potentiel de progrès n'avait pas été pris en compte. Nous le déplorions en novembre 1996 : « Disposer comme Thomson Multimédia, numéro deux en Europe et numéro un outre-Atlantique, de 20 % de ce marché américain de l'audiovisuel que convoitent tous les Japonais et autres Coréens, y participer à la naissance de la télévision numérique et plus généralement des nouveaux métiers du numérique, cela constitue autant d'atouts majeurs qui valent plus qu'un franc, fût-il symbolique. »
Les experts de Matignon avaient fait fi d'un capital relationnel et d'une intelligence collective remarquables. Et nous ajoutions que la puissance « dans l'économie de l'immatériel se mesure à la place que l'on réussit à occuper dans la pensée, l'imaginaire et le cœur des hommes. Autrement dit, la capacité à mobiliser les talents, à comprendre et séduire les prospects, à construire son image. » Des facteurs qualitatifs, difficilement traduisibles en euros dans un bilan comptable, par conséquent généralement ignores par les décideurs, et pourtant indispensables pour tenter de cerner les réalités complexes, mouvantes de cette mutation qualitative que nous avons baptisée, il y a exactement 20 ans, « révolution de l'intelligence ». Dans un nouveau contexte, la créativité mais aussi les passions et les relations humaines jouent un rôle majeur. (...)
L'entreprise n'est propriétaire ni de ses employés ni de ce qu'ils ont dans leur tête. Elle peut seulement construire un faisceau de relations avec son personnel et influencer les échanges qui s'établissent entre ses membres pour accroître ainsi la production a intelligence collective. Aussi, au lieu de parler de capital humain, vaut-il mieux considérer comme un potentiel, un gisemem de valeur, l'ensemble des talents, savoirs explicites et implicites, compétences, valeurs, aspirations, sensibilités de chacun des membres du personnel. Ces ressources individuelles, portées par des hommes, leur appartiennent, dépendent d'eux, leur fournissent à chacun une capacité qui dépend de leurs histoires personnelles et de leurs contextes de vie. Le premier élément du capital, l'intelligence collective, capacité de l'organisation à se fixer des objectifs, à détecter, poser et résoudre des problèmes, dépendra de la qualité et de l'intensité des interactions qu'elle saura établir et entretenir entre les membres du personnel qu'elle aura su attirer, choisir et fidéliser. Ici encore, l'arithmétique n'est pas de mise : ce capital n'est pas la somme des talents individuels mais la résultante de leurs synergies
Source : AY Portnoff et V Lamblin, le capital réel des organisations, in futuribles, n°288, août 2003.
Questions :
7. Sur quels arguments se fondaient les experts de Matignon pour vendre Thomson un franc symbolique ?
8. Quelles erreurs ont-ils commis ?

Document 5 : 3 p 10
Questions :
9. Après avoir défini le terme culture , vous présenterez les différences dans le mode de gestion des entreprises françaises et japonaises
10. En quoi ces différences peuvent être un obstacle à la réussite économique de l’entreprise ?



III – L’ENTREPRISE : UNE ORGANISATION POLITIQUE

A – UNE IMPLICATION DANS LA VIE DE LA CITE

Document 5 : 11 p 14
Questions :
11. Question 38
12. Selon E.A.Seillère , l’entreprise peut-elle être apolitique ?

Document 6 :
L entreprise citoyenne est une firme qui s'implique dans la résolution des problèmes globaux de société, sans négliger bien sûr ses objectifs économiques. Comme le citoyen qui se sent concerné par les problèmes de la cité et qui cherche à prendre part aux décisions politiques , (le mot politique est à prendre dans son sens premier de gestion des affaires de la cité, du pays), l'entreprise citoyenne cherche à prendre place dans le jeu social et à participer à la résolution des problèmes de société .
Cette façon de voir le rôle de l'entreprise dans la société n'est pas totalement nouvelle. Certaines grandes firmes industrielles nées au XIXe siècle avaient (et ont encore en partie) l’ ambition de se préoccuper des problèmes sociaux, particulièrement ceux de leurs salariés, comme le logement, la formation, la fourniture en biens de consomnation, parfois même l'éducation morale. Cette vision paternaliste des problèmes de société semble actuellement dépassée au profit de préoccupations sociales plus larges. Mais cette ambition sociale peut ( et doit ) servir les intérêts de la firme , renforçant une image positive de l'organisation. L'idée d'entreprise citoyenne se rattache au courant affirmant la responsabilité sociale de l'entreprise, apparu dans les années 60 aux Etats-Unis .
Pour le CNPF qui cherche à promouvoir le concept d’entreprise citoyenne , « l’entreprise ne peut pas être productive si son environnement ne l’est pas » .Pour Jacques Dermagne , chargé au CNPF de la mission « Citoyenneté de l’entreprise » : « Au-delà de son premier objectif de rentabilité , l’entreprise ne peut pas limiter son intérêt à ses actionnaires , à ses salariés ou à ses clients , et se désintéresser , en les livrant à l’exclusion , de tous ceux qui ne trouvent pas d’emploi dans la société contemporaine » .
Source :J.M.Auriac et alii , économie d’entreprise , techniplus
Questions :
13. Définissez le terme d’entreprise citoyenne
14. Quelles sont désormais les attentes de la société vis-à-vis de l’entreprise ?
15. L’entreprise citoyenne est-elle totalement désintéréssée ?

Document 7 :
L'entreprise est généralement définie par sa fonction : elle a vocation à combiner différents facteurs de production pour aboutir à un produit. D'où deux conséquences immédiates : d'abord, la réalisation d'une communauté de travail ne fait pas partie des objectifs de l'entreprise et n'appartient pas à son concept. Ensuite, le travail auquel il est fait allusion dans la définition précédente (et qui n'en constitue en aucune manière un élément nécessaire) est le travail-facteur de production, ou encore le travail abstrait. L'entreprise n'est pas d'abord conçue comme une communauté de travail; il peut y avoir entreprise sans travail humain. On peut concevoir une production de biens sans intervention aucune de main-d'œuvre, et tel est d'ailleurs certainement ce à quoi tend l'entreprise, volens nolens, non pas parce que le travail serait trop cher par rapport au capital, mais parce que le travail n'est considéré, dans la définition de l'entreprise, que comme un facteur et un coût. Et il n'est pas certain que les théories qui se développent depuis quelques années en France, et qui tentent de remettre à l'honneur le capital humain détournent l'entreprise de cette tendance radicale. Non seulement le travail n'appartient pas à la définition de l'entreprise, dont la vocation est de produire , mais de surcroît l’organisation de l'entreprise est tout simplement l'antithèse d'une organisation « démocratique » — pour reprendre la substance de l'expression « entreprise citoyenne ». Ceci ne signifie pas que l'entreprise soit un lieu antidémocratique, mais simplement que cette catégorie ne peut lui être appliquée. Le lien de citoyenneté concerne en effet des égaux qui, par le suffrage, selon le principe « un individu = une voix » décident collectivement des fins à rechercher. L'entreprise est exactement le contraire : elle admet une totale distinction entre les propriétaires et les employés, les seconds exerçant sous la direction des premiers ou de leurs mandants, mais n'ayant pas à intervenir sur les fins poursuivies ou la manière dont celles-ci le sont. Le contrat de travail salarié est en petit ce que l'entreprise est en plus grand : un lien de subordination qui est l'inverse du lien de citoyenneté . Le développement du syndicalisme — qu'il s'agisse de la participation des syndicats à la préparation des textes concernant les salariés ou de la négociation des accords collectifs, mais aussi de la vie syndicale à travers les institutions représentatives au cœur des entreprises — n'a changé que peu de chose, sur le fond, à cet état de fait»
Source: D MEDA, op cité.
Questions:
16. Comment l’entreprise considère-t-elle le travail ?
17. Pourquoi l’entreprise ne peut-elle être assimilée à une organisation démocratique ?



B – L’ENTREPRISE UN LIEU DE POUVOIR

Document 8 :
Pour certains inspecteurs du travail, une des plus sérieuses atteintes aux libertés résulte de l'imbrication de la vie professionnelle et de la vie privée, avec l'abandon de la notion d'horaires, la multiplication des astreintes non réglementées, les séminaires sur le temps de repos, le travail exécuté chez soi sur un ordinateur personnel, les appels professionnels en tous lieux grâce au téléphone portable, etc. Sans compter le conformisme de groupe. « On est dans l'acceptation sociale de pratiques qui relativisent beaucoup les discours sur le temps choisi ou le partage du travail », explique Claude Triomphe. Serge Faye, vice-président (FO) du conseil de prud'hommes de Paris, note que devant le conseil,les affaIres sont rarement posées en ces termes .« Dans les faits, la citoyenneté s'arrête aux portes de l'entreprise », souligne-t-il. A ses yeux, la reintégration devrait pouvoir être la sanction des licenciements prononcés au mépris du respect des libertés publiques.
Individuellement, les salariés hésitent à dénoncer les abus et préfèrent souvent garder le silence. « Ils sont prêts à rogner sur leurs libertés pour garder leur emploi », constate Jacques Bouchaud, président de l'Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel (ANDCP )
Source : M Rossard, le salarié est-il vraiment un citoyen à part entière , liaisons sociales, 1996.
Questions :
18. Peut-on dire que les salariés et les patrons soient dans une situation d’égalité ?
19. Pourquoi les salariés acceptent-ils ces sirtuations ?

Document 9 :
« Dans une structure française, le pouvoir est concentré entre les mains du PDG, observe le Britannique David Suddens, patron du groupe textile DMC de juin 1994 à mars 1995. Quand un employé ou un cadre a un problème, il va chercher la solution auprès du patron. Un "boss" anglo-saxon dirait, lui : "Je n'ai pas à décider à votre place, je ne suis que le patron." »
Cette toute-puissance du chef français lui semble dangereuse : « II est plus sain de scinder les fonctions de président et de directeur général, sur le modèle anglo-saxon, ou de mettre en place un exercice collégial du pouvoir, comme dans les directoires allemands . »
Il met aussi en cause avec sévérité le gouvernement d entreprise a la française. « II y a beaucoup trop de copinages, et pas assez d'administrateurs choisis pour leur expérience et dotés d'une autonomie réelle qui prennent au sérieux leurs responsabilités et posent des questions dérangeantes, s'insurge-t-il .Comment voulez-vous exercer sérieusement dix mandats... ! » Un de ses compatriotes se souvient
Encore avec colère de conseils d'administration que les interessés honoraient de leur présence trente ou quarante minutes au maximum avant de disparaître... et de le laisser en tête à tête avec les svndicats
Source : A VIDALIE, , les entrerprises françaises vues par les dfirigeants étrangers qui y travaillent, le nouvel économistes , 1996.
Questions :
20. Pourquoi peut-on dire que le patron est omniscient et omnipotent ?
21. Les responsabilités dans l’entreprise sont-elles seulement fondées sur la compétence ? Quels effets cela peut-il avoir sur l’image que les salariés ont de l’entreprise ?

Chapitre normes et lois

CHAPITRE III – NORMES ET LOIS

Objectifs :
· définir et distinguer norme et loi
· distinguer déviance et délinquance
· mettre en évidence les relations entre norme et loi

I- DES REGLES DE NATURE DIFFERENTE


A – LA DISTINCTION NORME - LOI

Document 1 :
Tous les groupes sociaux instituent des normes et s'efforcent de les faire appliquer, au moins à certains moments et dans certaines circonstances. Les normes sociales définissent des situations et les modes de comportement appropriés à celles-ci : certaines actions sont prescrites (ce qui est «bien»), d'autres sont interdites (ce qui est «mal»). (...) Les normes peuvent se présenter sous des formes très variées. Elles peuvent être édictées formellement par la loi: dans ce cas, les forces de police de l'Etat peuvent être employées pour les faire respecter. Dans d'autres cas, elles représentent des accords informels, établis de fraîche date ou revêtus de l'autorité de l'âge et de la tradition ; des sanctions informelles de diverses sortes sont utilisées pour faire respecter ce type de norme.
De même, la tâche de faire respecter les normes - que celles-ci aient la force de la loi ou de la tradition, ou qu'elles s'appuient simplement sur un consensus - peut incomber à un corps spécialisé, comme la police ou la commission déontologique d'une association professionnelle; mais cette tâche peut aussi être l'affaire de tout un chacun, ou du moins de tous les membres du groupe auxquelles les normes sont censées s'appliquer.
Source :Howard S. Becker, Outsiders,Éditions Métailié, 1985.
Questions :
- Qu’est-ce-qu’une norme ?
- Remplir le tableau suivant :

Norme sociale
loi
Qui les édicte ?


Qui les fait respecter ?




B – LA DISTINCTION DEVIANCE –DELINQUANCE

Document 2 :
Les groupes sociaux créent la déviance en instituant des normes dont la transgression constitue la déviance, en appliquant ces normes à certains individus et en les étiquetant comme des déviants. De ce point de vue, la déviance n'est pas une qualité de l'acte commis par une personne, mais plutôt une conséquence de l'application, par les autres, de normes et de sanctions à un «transgresseur». Le déviant est celui auquel cette étiquette a été appliquée avec succès et le comportement déviant est celui auquel la collectivité attache cette étiquette.
Qu'y a-t-il donc de commun à tous ceux qui sont rangés sous l'étiquette de déviant? Ils partagent au moins cette qualification, ainsi que l'expérience d'être étiquetés comme étrangers au groupe. Cette identité fondamentale sera le point de départ de mon analyse: je considérerai la déviance comme le produit d'une transaction effectuée entre un groupe social et un individu qui, aux yeux a transgressé une norme.
Source :Howard S. Becker , op cité
Questions :
· Expliquez la phrase soulignée

Document 3 :
En fonction des peines prévues par les textes (codes, lois et décrets), les divers faits délictueux seront qualifiés de crimes, délits ou contraventions.

Passibles de
Jugés par
Crimes
Réclusion criminelle
Cour d’assises
Délits
Emprisonnement de moins de 5 ans ou amendes
Tribunaux correctionnels
Contraventions
Emprisonnement de moins de 2 ans ou amendes inférieures à 3000 euros
Tribunaux de police
La loi pose la question de ce qui est légal, les incivilités celle de ce qui dérange dans la vie quotidienne. [...]
En fait, on pourrait découper trois zones : d'un côté les délits, les crimes purs et simples, les cambriolages, les agressions physiques, les vols à l'arraché, les vols graves, les homicides. Impossible de parler ici d'incivilités [...].
Au pôle opposé, on aura les « incivilités légales », c'est-à-dire des actes qui dérangent ou blessent moralement, mais qui ne sont pas réprimés par la loi. [...] Et la zone intermédiaire ? Elle entre à la fois dans la sphère des crimes et des délits [...] et dans la sphère qui dérange les gens dans leur vie quotidienne [...] : les insultes (qui peuvent être théoriquement poursuivies), les menaces,les dégradations, le bruit, le tapage nocturne...
document p 364 hatier
Source :Sébastian Roche, La Société d'hospitalité, © Le Seuil, 2000.
Questions :
· Distinguez déviance et délinquance
· Pourquoi différencie-t-on les crimes , les délits et les contraventions ?


II – L’EVOLUTION DES REGLES

A – LE CRIME SE RETROUVE DANS TOUTES LES SOCIETES

Document 4 :
Le crime est normal parce qu'une société qui en serait exempte est tout à fait impossible. Le crime [...}consiste dans un acte qui offense certains sentiments collectifs, doués d'une énergie et d'une netteté particulières. Pour que, dans une société donnée, les actes réputés criminels pussent cesser d'être commis, il faudrait donc que les sentiments qu'ils blessent se retrouvassent dans toutes les consciences individuelles sans exception et avec le degré de force nécessaire pour contenir les sentiments contraires.
Or, à supposer que cette condition pût être effectivement réalisée, le crime ne disparaîtrait pas pour cela, il changerait seulement de forme [...]. En effet, pour que les sentiments collectifs [...] parviennent ainsi à pénétrer dans les consciences qui leur étaient jusqu'alors fermées ou à prendre plus d'empire là où ils n'en avaient pas assez, il faut qu'ils acquièrent une intensité supérieure à celle qu'ils avaient jusqu'alors. [...1 Mais on ne fait pas attention que ces états forts de la conscience commune ne peuvent être ainsi renforcés sans que les états plus faibles, dont la violation ne donnait précédemment naissance qu'à des fautes purement morales, ne soient renforcés du même coup [.. .).
Imaginez une société de saints, un cloître exemplaire et parfait. Les crimes proprement dits y seront inconnus mais les fautes qui paraissent vénielles au vulgaire y soulèveront le même scandale que fait le délit ordinaire auprès des consciences ordinaires. Si donc cette société se trouve armée du pouvoir de juger et de punir, elle qualifiera ces actes de criminels et les traitera comme tels.
Source : Emile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique (1895), PUF
Questions :
· Que veut dire Durkheim quand il écrit que « le crime est normal3 ,
· Quelle est la cause de la déviance d’après Durkheim ?


B – MAIS SOUS DES FORMES DIFFERENTES

Document 5 :
A :En sens inverse des exemples précédents, on assiste le plus souvent à des processus de renforcement, voire de création de nouvelles incriminations, de nouveaux crimes. On peut situer ici le renforcement continu de la pénalisation des violences sexuelles, en liaison, d'une part, avec la préoccupation grandissante pour l'intégrité physique des enfants, d'autre part, avec la dénonciation croissante des violences subies par les femmes. [...]
La voiture est née avant le Code de la route. Depuis sa création en 1958, ce dernier ne cesse en réalité de se transformer pour réduire les risques liés à la circulation automobile. La vitesse, la consommation d'alcool et tout récemment l'usage du téléphone portable au volant ont ainsi fait l'objet d'un renforcement continu de la pénalisation. À tel point qu'aujourd'hui le thème de l'insécurité routière et la figure du délinquant de la route se sont imposés dans le débat public.
Source : L. Mucchielli, « La criminalité est une construction sociale »,Sciences humaines, n" 123, janvier 2002.
B :
Un chèque sans provision pouvait conduire en prison dans les années 1960. Aujourd'hui, ce n'est même plus un délit, parce que l'explosion des échanges financiers le relègue au niveau d'un incident mineur. Un conducteur ivre qui fauche deux enfants sur le bord de la route risque désormais une peine de prison ferme, alors qu'il y a trente ans ce drame aurait été considéré par la justice comme une fatalité. Les actes sont les mêmes, la peine a changé - parce que nos valeurs communes
ont changé.
La société se redéfinit elle-même en permanence et le crime déplace ses frontières en même temps que les nôtres. Les braqueurs de banques, omniprésents durant les années 1970, ont presque disparu1, tandis qu'apparaissent par exemple les hackers, ces pirates qui pénètrent les systèmes informatiques, ou que se développe l'attention portée à la délinquance financière simplement parce que le pouvoir s'est niché ailleurs et crime est aimanté par lui. Il est sa face cachée.
Source : EvaJoly, Notre affaire à tous. Editions des Arènes, Paru, .'l'
Questions :
· Montrez que ces deux textes correspondent bien à l’analyse de Durkheim
· Quels sont les facteurs qui influencent l’évolution de la loi ?
III – LES RELATIONS ENTRE NORME ET LOI : L’EXEMPLE DE LA LAICITE EN France ( à partir du MONDE dossier et documents , décembre 2005

· la laïcité , une norme à la fin du XIX° siècle en France

Document 6 :
E. Poulat : La loi de 1905 n’est pas une loi de laïcisation de l’Etat . Il y a belle lurette que l’Etat est laïque !
Le Monde : Vousdites que l’Etat était déjà laïque ?
E.P :La laïcité de l'Etat, cela veut dire au moins trois choses. Premièrement, est-ce que la Constitution fait référence à Dieu ? La Constitution de 1958 n'en parle pas, mais elle intègre la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, placée « sous les auspices de l'Etre suprême ». Deuxièmement,quels sont les rapports entre l'Etat et les Eglises ? Que je sache , il y a toujours des rapports entre la Républiquefrançaise et le Saint-Siège . Troisième et dernier point : l’Etat assure la liberté de conscience . Ce droit est garanti en France depuis 1789 .
Source : Propos recueillis par X.Ternisien , Le Monde , 13 décembre 2003
Questions :
1. Quel est l’avis d’E.Poulat sur l’utilité de la loi de 1905 ? Sur quels arguments repose-t-il ?

· qui se traduit par une loi : la loi de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905

Document 7 :
Rien de moins u'une conception nouvelle et positive de la laïcité, sans équivalent dans d'autres nations. Elle tient dans les deux premiers
articles de la loi : « Article premier : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. Article 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1" janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. » L'Etat laïque n'est ni hostile ni indifférent aux religions, il leur est étranger, son action relevant de ce monde et d'aucun autre, sans transcendance.
Source : E.Plenel , Le Monde , 23 août 2005
Questions :
1. Montrez que les deux artciles de la loi de 1905 sont a priori contradictoires , mais qu’ils sont , en réalité , complémentaires
2. Quelle est alors la nouvelle conception de la laïcité mise en évidence par cette loi ?

· le retour du concept de laïcité dans les années 90 : le problème du foulard

Document 8 :
L’ »affaire du foulard » , c’est plus d’une décennie de débats entre intellectuels . Ceux-ci commencent , sur fond de bicentenaire de la Révolution et de parution en français des Versets sataniques de Salman Rushdie, lorsque des élèves musulmanes du collège de Creil (Oise) se voient refuser l’acès de leur établissement sous prétexte qu'elles s’y étaient présentées voilées.
Des universitaires , plutôt marqués à gauche , s'élèvent alors contre ce qu’ils estiment être une tolérance excessive de la société française face à la montée des revendications différentialistes et communautaristes. Prétendant parfois parler au nom des enseignants, ils s'élèvent contre les positions de SOS-Racisme qui, par la voix de son président, Harlem Désir, s'était prononcé pour que les jeunes filles soient admises dans leur établissement. Aujourd'hui, l'association antiraciste se prononce plus « fermement » contre le port du voile dans les écoles et dans les lieux publics - sans être pour l'adoption d'une nouvelle loi.
Le ministre de l'éducation nationale de l'époque, Lionel Jospin, dont l'intervention sera relayée par un avis du Conseil d'Etat du 27 novembre 1989, décide de résoudre cette affaire par le dialogue. Aussitôt, dans Le Nouvel Observateur du 2 au 8 novembre 1989, un appel signé par Alain Finkieikraut,Elisabeth Badinter, Régis Debray,Elisabeth de Fontenay, Catherine Kintzier déplore le «Munich de l'école républicaine ». A l'inverse, le sociologue Alain Touraine ironise, dans Le Monde du 23 novembre 1989, sur ceux qui assignent à l'école la tâche de « rejeter, comme un conseil de révision, ceux qui ne sont pas conformes au modèle établi».Les termes du débat sont, en tout cas, fixés pour longtemps.
Pour Pierre-Henri Tavoillot, maître de conférence en philosophie à l'université Paris-IV, proche de Luc Ferry et animateur d'un séminaire sur les laïcités, la situation actuelle est différente de 1989. «Aujourd'hui, dit-il, le problème du foulard se pose à propos des photos d'identité ou dans l'entreprise. Pourquoi vouloir légiférer à l'école là où ce n'est plus le problème ? »
La position de Luc Ferry se démarquait, au tournant de 1980-1990, de l'évolution néo-republicaine d'une partie de ses pairs et se résumait en une attitude « républicaine-libérale » proche de l'avis du Conseil d'Etat. Devenu ministre de l'éducation nationale, lors d'un colloque sur la laïcité, jeudi 22 mai à l'Assemblé nationale, il a rejoint la tendance d'une partie de la droite, et a fini par déclarer « souhaitable » de légiférer sur la question.
Sur la défensive par rapport à 1989, le camp des opposants à une loi n'a pourtant pas disparu. L'appel « Oui à la laïcité, non aux lois d'exception », publié dans Libération le 20 mai, a été signé par 600 personnes dont le philosophe Etienne Balibar (Paris-X). Dans ce texte, il est souligné qu'« on ne peut pas considérer la jeune fille voilée comme coupable ». L'appel dénonce « la colonisation de tout l'espace de la vie sociale par des logiques punitives ». M"" Gaspard, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), reconnaît par contre avoir reçu des dizaines de mails de protestation provenant notamment, de féministes et de femmes algériennes...
Le sociologue Michel Wieviorka de l'EHESS aussi, mais non-signataire de l'appel, estime qu'une législation contre le foulard n'aurait pour conséquence que la multiplication des mariages forcés et des écoles musulmanes. « Une école publique qui est incapable d'assurer le brassage culturel est une école qui tombe en ruine », dit-il, s'étonnant que laFrance soit le seul pays où ce thème charrie une telle inquiétude.
Source : N.Weil , Le Monde , 18 juin 2003
Questions :
1. Pourquoi le débat sur la laïcité revient d’actualité au début des années 90 ?
2. Quels sont les arguments des deux thèses en présence : celle qui accepte le port du voile à l’école , celle qui le refuse ?
3. Montrez que en 2003 , il y a 3 thèses en ce qui concerne le port du voile à l’école . Donnez les arguments de cette troisième thèse
4. Montrez que le débat sur la laïcité et l’intérêt deune loi dépasse le clivage droite-gauche

· engendre une loi sur les « signes religieux ostentatoires »à l’école

Document 9 :
Voici l'exposé des motifs du projet de loi relatif à l'application du principe de laïcité dans les écoles, collèges et lycées publics.
Inscrit a l'article premier de la Constitution, le principe de laïcité, qui exprime les valeurs de respect, de dialogue et de toléran/ ce, est au cœur de l'identité républicaine de la France.
La laïcité garantit la liberté de conscience. Protégeant la liberté de croire ou de ne pas croire, elle assure à chacun la possibilité d'exprimer et de pratiquer paisiblement sa foi. Ouverte, apaisée et généreuse, elle recueille, après bientôt un siècle d'existence, l'adhésion de toutes les confessions et de tous les courants de pensée.
Pourtant, malgré la force de cet acquis républicain, l'application du principe de laïcité se heurte à des difficultés nouvelles et grandissantes qui ont suscité un large débat ces derniers mois dans la société française. C'est en particulier le cas dans certains services publics, comme l'école ou l'hôpital.
A cet égard, la réaffirmation du principe de laïcité à l'école, lieu privilégié d'acquisition et de transmission de nos valeurs communes, instrument par excellence d'enracinement de l'idée républicaine, paraît aujourd'hui indispensable. L'école doit en effet être préservée afin d'y assurer l'égalité des chances, l'égalité devant l'acquisition des valeurs et du savoir, l'égalité entre les filles et les garçons, la mixité de tous les enseignements, et notamment de l'éducation physique et sportive. Il ne s'agit pas de déplacer les frontières de la laïcité. Il ne s'agit pas non plus de faire de l'école un lieu d'uniformité et d'anonymat, qui ignorerait le fait religieux. Il s'agit de permettre aux professeurs et aux chefs d'établissement d'exercer sereinement leur mission avec l'affirmation d'une règle claire qui est dans nos usages et
dans nos pratiques depuis longtemps. Si les élèves des écoles, collèges et lycées publics sont naturellement libres de vivre leur foi, ce doit être dans le respect de la laïcité de l'école de la République. C'est bien la neutralité de l'école qui assure le respect de la liberté de conscience des élèves , le respzect égal de toutes les convictions .
C’est la raison pour laquelle , à la suite des travazux menés par la commission présidée par M. Bernard Stasi, des contributions de la mission de l'Assemblée nationale, des partis politiques, des autorités religieuses, des représentants des grands courants depensée, le président de la République a souhaité, à l'occasion de son discours du 17 décembre 2003, que soit clairement interdit, dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes et de tenues qui manifestent ostensiblement l'appartenance religieuse. .
Tel est le sens du présent projet de loi, qui crée au sein du code de l’éducation un article L141-5- 1 interdisant dans les écoles publiques les signes religieux ostensibles, c'est-à-dire les signes et tenues dont le port conduit à se faire reconnaître immédiatement par son appartenance religieuse. Ces signes-le voile islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive- n'ont pas leur place dans les enceintes des écoles publiques. En revanche, les signes discrets d'appartenance religieuse -par exemple une croix, une étoile de David ou une main de Fatima – resteront naturellement possibles .
La loi s'applique dans les écoles, les collèges et les lycées publics. Elle ne concerne donc pas les établissements d'enseignement privés. Elle s'applique aux élèves, sachant que les personnels de l'éducation nationale sont d'ores et déjà soumis au principe de stricte neutralité que doit respecter tout agent public. L'interdiction qu'elle institue vaut évidemment pour toute la période où les élèves se trouvent placés sous la responsabilité de l'école, du collège ou du lycée, y compris pour les activités se déroulant en dehors de l'enceinte de l'établissement (sorties scolaires, cours d'éducation physique et sportivez , … )
La loi prendra effet à compter de la rentrée suivant sa publication. Ce délai permettra de procéder à un important travail d'explication, d'échange et de médiation , notamment avec les autorités religieuses de notre pays. Les collèges et les lycées publics le mettront également à profit poui adapter leur réglement intérieur.
La mise en œuvre de la loi devra être également assurée en usant du dialogue et de la concertation, et en recourant à une démarche fondée sur l’explication et la persusasion , soucieuse de faire partager aux élèves les valeurs de l’école républicaine . Les manquements à l'interdiction fixée par la loi seront passibles de sanctions , comme tout manquements aux obligations des élèves . Conformément aux principes qui régissent la procédure disciplinaire , toute sanction sera proportionnée à la la gravité du manquement
Source : projet de loi sur les signes religieux à l’école , 9 janvier 2004
Questions :
1. Quels sont les raisons qui poussent le législateur à élaborer une nouvelle loi sur la laïcité ?
2. Pourquoi , selon le législateur , faut-il faire une loi spécifique à l’école ?
3. Comment doit-on mettre en œuvre cette loi ?
4. Quelles peuvent être les difficultés pour appliquer cette loi ?

· les effets , un an après

Document 10 :
LES VOILES islamiques ont presque totalement disparu des établissements scolaires. Pour la deuxième année d'application de la loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l'école, le nombre de situations conflictuelles apparaît très faible : seulement trois cas restent problématiques dans toute la France, selon le bilanétabli par le ministère de l'éducation nationale. A l'issue de la première semaine de cours, 12 élèves prtant des signes ostensibles avaient été repérés, contre 639 sjgnes pendant l'année scolaire précédente, débouchant sur l'exclusion ou le départ volontaire de 143 élèves de leurs établissements. ( … )
Selon les rectorats concernés, ces résultats témoignent de l'acceptation de la loi par les élèves et les familles. Ces chiffres s'expliquent aussi par le choix d'une partie des élèves désireux de porter un signe religieux de s'inscrire directement au Centre national d'enseignement à distance (CNED) ou dans le privé. ( … )
Aucun chiffre précis n'est toutefois disponible à l'échelle nationale. Les rectorats signalent que quelques élèves ont accepté des solutions de compromis après une année de conflit ( … )
L'application de la loi sur les signes religieux à l'école est jugée « positive » par le ministère de l'éducation nationale. « Nombre de jeunes filles et de parents ont vécu comme une libération l'application de la loi », estime l'inspectrice générale Hanifa Chérifi dans un rapport d'évaluation remis à Gilles de Robien. Ce bilan de la loi est contesté par le collectif Une école pour tous, qui rassemble plusieurs associations, dont le Centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale (Cedetim).
Dans un Livre noir de la loi anti-foulard, à paraître début 2006, il dresse son propre bilan de l'année scolaire 2004-2005. Le collectif insiste sur le fait qu'au chiffre officiel des exclusions et des démissions, il faut ajouter celui des « exclusions silencieuses » : « Ces victimes invisibles (...) ne se sont simplement pas présentées à la rentrée, ne pouvant pas envisager de retirer le foulard et ne souhaitant pas être soumises à l'humiliante cérémonie du conseil de discipline. »
A partir d'extrapolations, le collectif estime que ce phénomène concernerait « au minimum 200 ou 300 élèves, au maximum 700 à 800 élèves ». Il qualifie par conséquentd'« indécent» le bilan établi par Hanifa Chérifi.
Source :Luc Bronner, Xavier Ternisien,Jacques Portier À Strasbourg , 30 septembre 2005
Questions :
1. Quel bilan fait le gouvernement de la loi un an après sa mise vigueur .
2. en quoi ce bilan est-il relativisé par certaines associations ?


chapitre l'intégration à la nation

L’INTEGRATION PAR LA NATION : L’EXEMPLE FRANÇAIS

I - LA NATION, UNE FORME SPECIFIQUE DE LIEN SOCIAL.

A - INTEGRATION ET ASSIMILATION SONT-ILS SYNONYMES.

1 - L’INTEGRATION

a - définition

DOCUMENT 1 :
La notion d'intégration] implique [...] que soient définis et acceptés des buts communs à l'entreprise collective, que les individus partagent un certain nombre de pratiques et de croyances communes, qu'il existe des interactions entre les membres du groupe. Dans le cas de la nation, il s'agit des buts, des pratiques et des croyances politiques, mais ils ne peuvent être indépendants de la réalité sociale. [...]
Il s'agit de désigner le processus par lequel l'individu, né dans une société particulière, en intériorise les exigences, en acquiert les valeurs communes et adopte les normes de comportements par lesquelles se maintient la collectivité. Ces concepts permettent d'analyser la capacité, socialement constituée, des hommes à acquérir par l'éducation - au sens large du terme - les moyens de participer à la vie commune, c'est- à-dire nationale'
SOURCE :D Schnapper, la communauté des citoyens, Gallimard, 1994.
QUESTIONS :
- Définissez avec vos propres termes la notion d’intégration .

b - les outils de l’intégration.

DOCUMENT 2 :
[Ainsi,] on peut rendre compte du procès par lequel l'individu devient un membre de la collectivité dans laquelle le hasard l'a fait naître. [...] Si tous les théoriciens de la nation [...) ont insisté sur le rôle de l'école, ce n'est pas seulement pour des
raisons d'apprentissage technique, c'est d'abord parce qu'on forme le citoyen à l'école. C'est par la socialisation (pour prendre le concept le plus général), dont l'école est, dans les sociétés modernes, un instrument essentiel, que l'on devient membre d'une collectivité nationale. [...) L'appartenance et le sentiment national naissent [..:] de cette-intériorisation d'un ensemble de modèles culturels et de valeurs spécifiques, qui définissent une identité personnelle indissolublement liée à une identité collective. Désormais, l'individu trouve sa nation à l'intérieur de soi.
[Certes,] c'est normalement dans et par la violence interne - en réduisant les particularismes politiques et culturels - et externe - par les guerres - que se sont déroulés les processus de l'intégration nationale. Mais aucune entité politique ne se maintient par la seule violence. La spécificité de l'État de la nation démocratique, lorsqu'elle a été constituée, est que son action est légitimée par la communauté des citoyens.
SOURCE : op. cité.
QUESTIONS :
- Par quels moyens l’intégration se réalise t’elle ?
- Expliquez l’expression l’individu trouve sa nation à l’intérieur de soi, à quelle théorie sociologique vue en cours pouvez vous la rattacher ?
- Quels types de violence la nation utilise t’elle pour intégrer l’individu ? La nation peut-elle se contenter d’utiliser la violence pour assurer une intégration réussie ?

DOCUMENT 3 :
Au niveau le plus général, le terme de "deuxième génération" désigne le processus sociologique par lequel des individus sont soumis à des formes contradictoires de socialisation, à cet âge décisif des acquisitions fondamentales qu'est l'enfance, C'est un problème qui peut dépasser largement la question de l'immigration. Cependant, là encore, elle y trouve un lieu de prédilection du fait même que nos sociétés sont constituées sur une base nationale. D'un côté, l'enfant acquiert ses premiers apprentissages au sein de son milieu d'origine, dans sa famille et fréquemment dans le groupe que constituent les immigrants de première génération repliés sur l'"entre soi" communautaire. De l'autre, il se heurte aux normes dominantes au pays d'accueil ; inculquées par les enfants français du même âge (c'est-à-dire à l'âge cruel où on
ne connaît pas les dissimulations) et par les représentants des différentes institutions auxquelles l'enfant est soumis. Il s'agit avant tout et surtout de l'école, mais fréquemment aussi de l'assistance sociale, des services pédiatriques, etc. La différence essentielle par rapport à la première génération est donc que la confrontation entre la société d'origine et
la société d'accueil se situe au moment même des apprentissages décisfis ( … ) .Le problème fondamental est ici de comprendre comment les enfants intériorisent les attitudes des adultes et assimilent leurs normes .
SOURCE : G Noiriel, le creuset français, le seuil, 1988.
QUESTIONS :
- Pour quelles raisons les jeunes immigres de la deuxième génération s’intègrent-ils mieux que leurs parents ?
- Pourquoi ‘auteur parle t’il de formes contradictoires de socialisation, caractérisez les .
- L’intégration des enfants de la seconde génération se fait-elle sans difficulté , n’observe t’on pas un conflit de normes et de valeurs ?

2 - L’ASSIMILATION .

DOCUMENT 4 :
Quand on évoque l'intégration, il faut interroger l'histoire pour se rendre compte que ce concept avait été utilisé concurremment avec celui d'assimilation, présenté alors comme une panacée. [...] Mais qu'entend-on par assimilation ? Chacun reconnaîtra que la notion n'est pas claire. [...] Parler d'assimilation, c'est postuler, semble-t-il, une transformation radicale du sujet assimilé, condamné en quelque sorte à changer ou à périr. Quand on ajoute l'adjectif culturel, c'est supposer que le phénomène n'est pas d'ordre physique ou biologique, mais se développe dans le psychisme. On ne sait pas d'ailleurs si le sujet est assimilé par le milieu nouveau dans lequel il évolue, ou si ce n'est pas à lui d'assimiler la culture nouvelle qu'il découvre...
On peut comprendre alors la conception assimilationniste de l'Autre qu'avait la France [dans les années 1950 et I960], cet Autre auquel elle enjoint de se débarrasser de son étrangeté. Dans ce sens, la législation, par petites touches, s'est efforcée de rapprocher l'étranger du Français, aux plans juridique et social.
Ce que l'on entend par assimilation, outre ce que peut en penser l'homme de la rue (identité totale avec le national dans sa manière d'être), il faut le chercher parfois dans l'intention du législateur, notamment à propos de la naturalisation. Pour ne prendre l'exemple que d'un seul texte, parce qu'il est le plus significatif, on se référera à l'ordonnance du 19 octobre 1945 portant Code de la nationalité.
Indépendamment des conditions de moralité, de santé, de capacité juridique et de régularité du séjour en France, le législateur conçoit ainsi l'assimilation : « se distinguer aussi peu que possible les nationaux par le langage, la manière de vivre, l'état d'esprit, le compor-
tement à l'égard des institutions françaises, le loyalisme, »
SOURCE : MOHWD KHELUL,Sociologie de l'intégration,PUF, coll. Que sais-je ?, 1997.
QUESTIONS :
- Après avoir défini le terme assimilation peut-on dire que les termes assimilation et intégration soient synonymes ?
- En quoi la définition de l’assimilation par le législateur et par l’homme de la rue se ressemblent-elles ?

B - NATION ET LAICITE.

DOCUMENT 5 :
La nation se définit par son ambition de transcender par la citoyenneté des appartenances particulières, biologiques (telles du moins qu'elles sont perçues), historiques, économiques, sociales, religieuses ou culturelles, de définir le citoyen comme
un individu abstrait, sans identification et sans qualification particulières, en deçà et au-delà de toutes ses déterminations concrètes. La laïcité, en particulier, est un attribut essentiel de l'État moderne, parce qu'elle permet de transcender la diversité des appartenances religieuses, de consacrer le passage dans le privé des croyances et des pratiques, de faire du domaine public le lieu, religieusement neutralisé, commun à tous les citoyens, quelle que soit l'Église à laquelle ils appartiennent [...]. Elle symbolise le fait essentiel que le lien social n'est plus religieux, mais national, donc politique.
Le projet national est universel, non seulement en ce qu'il est destiné à tous ceux qui sont réunis dans la même nation, mais aussi parce que le dépassement des particularismes, en principe, susceptible d'être adopté dans toute société.

SOURCE : op. cité.
QUESTIONS
- Définissez la laïcité, en quoi contribue t’elle à la cohésion nationale ?


C - LA NECESSAIRE LIMITATION DES PARTICULARISMES NATIONAUX

DOCUMENT 6 :
Pour assurer l'existence d'une nation citoyenne, il apparaît nécessaire de respecter deux exigences. Il faut que les individus admettent qu'il existe un domaine public unifié, indépendant, au moins dans son principe, des liens et des solidarités religieux, claniques et familiaux et qu'ils respectent les règles de son fonctionnement .Il faut, par ailleurs, que l'égalité de dignité de chacun, qui fonde la logique de la nation démocratique, ne soit pas contredite par des inégalités de statut dans les autres domaines de la vie sociale, en particulier dans le droit personnel. [...]
Les juges anglais ont ainsi souligné que la tolérance des particularismes culturels devait connaître des limites. Les lois et coutumes traditionnelles ne pouvaient être respectées que si elles étaient «raisonnables» et conformes à l'ordre public, elles ne pouvaient être reconnues et appliquées en Angleterre que si elles n'étaient pas jugées choquantes [...) et si elles n'offensaient pas la conscience de la Cour. C'est ainsi que les tribunaux britanniques ne reconnaissent pas les mariages ou l'un des conjoints a moins de seize ans, les mariages forcés, les divorces par répudiation de la femme l'interdiction faite aux femmes musulmanes d'épouser un non-musulman, toutes pratiques jugées contraires à la liberté individuelle. [...] En France aussi, le juge refusa d'appliquer la loi étrangère, lorsqu'elle est considérée comme incompatible avec l'ordre public, qu'il s'agisse, par exemple, de la répudiation, de la polygamie, de l'empêchement au mariage tenant à la religion ou a la nationalité du conjoint. [...] Toute inégalité de statut - dont l'égalité entre les hommes et les femmes est un exemple privilégié - est tenue pour un défi aux valeurs communes, quand on fait de l'égalité fondamentale de tout citoyen le principe fondateur de la pratique démocratique.
Ces principes posés, il reste bien souvent à résoudre des problèmes pratiques [...) ; si chacun a le droit de pratiquer toutes les langues dans le privé, peut-on admettre la multiplicité des langues dans la vie publique (...] ? Jusqu'à quel point est-il concrètement possible de respecter l'expression des spécificités régionales ou religieuses à l'école, où l'on doit d'abord apprendre les règles, communes à tous, de la vie nationale?
SOURCE : op. cité.
QUESTIONS :
- Expliquez pour quelles raisons le processus d’intégration dans la nation nécessite la limitation des normes et cultures d’origines.
- Trouvez des exemples (autres que ceux du texte) dans lesquels la loi s’oppose à l’expression du particularisme de certains groupes .

D - UN EXEMPLE D’INTEGRATION : LES BRETONS ET L’UNIFICATION NATIONALE .

DOCUMENT 7 :
L'auteur relate son enfance en Bretagne, au début des années 1920.

A l'école, il est interdit de parler breton. Il faut tout de suite se mettre au Français, quelle misère! [...] C'est dans la cour, pendant nos libertés surveillées, que nous risquons de nous faire surprendre à bavarder par phrases entières dans un coin du préau. [...]
Lorsque l'un d'entre nous est puni pour avoir fait entendre sa langue maternelle dans l'enceinte réservée au français, soit qu'il écope d'un verbe insolite ou irrégulier, soit qu'il vienne au piquet derrière le tableau après le départ de ses camarades, une autre punition l'attend à la maison. Immanquablement. Le père ou la mère, qui quelquefois n'entend pas un mot de français, après lui avoir appliqué une sévère correction, lui reproche amèrement d'être la honte de la famille, assurant qu'il ne sera jamais bon qu'à garder les vaches, ce qui passe déjà pour infamant, par le temps qui court, auprès de ceux-là mêmes dont une part du travail est de s'occuper des vaches. Le mot vache d'ailleurs (buoc'h en breton) est l'injure que l'on adresse aux pauvres d'esprit, aux imbéciles fieffés [...]. Est-ce pour cela que la punition infligée, dans tout le pays
bretonnant, aux écoliers surpris à parler breton s'appelle la vache. [...]
À propos de symbole, la vache est souvent symbolisée par un objet matériel, n'importe quoi : tin galet de ruer, un morceau de bois ou d'ardoise que le coupable (!) doit porter en pendentif autour du cou au bout d'une ficelle ; un sabot cassé, un os
d'animal, un boulon que le maître d'école remet au premier petit bretonnant qui lui offense ses oreilles de fonctionnaire avec son jargon de truandaille. Le détenteur de la vache n'a de cesse qu'il n'ait surpris un de ses camarades en train de parler breton pour lui refiler l'objet. Le second vachard, à son tour, se démène de son mieux pour se débarrasser du gage entre les mains d'un troisième et ainsi de suite jusqu'au soir, le dernier détenteur écopant de la punition. Certains maîtres engagent même les enfants à se dénoncer mutuellement, bien qu'ils enseignent dans leur classe qu'il est très vilain
de «rapporter». Mais la règle ne vaut pas pour le délit de bretonniser. (...)
Au reste, nous ne pensons nullement à discuter la vache. Elle entre dans le même système que les punitions pour une leçon non sue, une mauvaise dictée ou un problème aberrant. Parmi ceux qui portent l'objet en question, aucun ne songerait à le refuser quand il est pris en flagrant délit, même par plus petit que lui. L'autre serait capable d'ameuter tout le pays, de déshonorer le récalcitrant, d'humilier doublement sa famille ( … )
[En 1914-1918, les Bretons] ont abandonné leurs défroques de maîtres et de domestiques pour n'être plus que des frères d'armes, pataugeant dans une même terre boueuse qui n'appartenait ni aux uns ni aux autres. Ils ont un peu appris la
Marseillaise, le Chant du Départ, la Brabançonne et d'autres chansons en français. Ils ont vaincu ou cru vaincre les Boches, ce qui est la même chose. Et maintenant ils se retrouvent ensemble devant le monument aux morts [...]. Ils ont sauvé la France, la France est à eux, fait partie de leur patrimoine, pourquoi pas le français ! Et les instituteurs laïques [...) apprennent à leurs enfants des chants patriotiques:
Pour compliquer encore la situation, les enfants du pays qui vont à Paris pour gagner leur pain depuis la guerre de quatorze en arrivent très vite à haïr leur langue, synonyme de pauvreté, symbole d'ignorance et promesse de dérision. C'est tout juste s'ils ne maudissent pas leurs parents pour ce patrimoine plus déplorable qu'une tare physique héréditaire. À peine ont-ils passé un an dans quelque bas emploi de la capitale qu'ils reviennent au pays pour faire la route devant leur cousinage de «coupeurs de vers». Et au grand jamais ils ne lâcheront un seul mot de breton, sauf quand ils marchent par mégarde sur les dents d'un râteau qui leur renvoie son manche dans la figure: gast a rastell! (putain de râteau).
[...] Au lycée de Quimper, les petits bretonnants que nous sommes seront moqués par les externes de la ville qui parlent un affreux quimpertin et transforment tous les r en a : feame la poate donc! Meade aloa.'(... ) Je suis si mortifié par les railleries des autres, bourgeois jurés, que je me promets de remporter, en priorité absolue, le prix de français. Et je l'obtiens, foi de Bigouden, suivi de près par les autres bretonnants et reléguant loin derrière le peloton fourbu des francisants de naissance qui n'en sont jamais revenus.

SOURCE : P JAKEZ HELIAS, le cheval d’orgueil, Plon, 1977.
QUESTIONS
- Quels moyens étaient utilisés pour forcer les écoliers bretons à s’exprimer en français ?
- Cette entreprise était-elle réellement contestée, montrez comment et pourquoi chacun y contribuait ?
- Pour quelles raisons les bretons souhaitaient-ils que leurs enfants s’expriment et écrivent le français ?
- Pourquoi, paradoxalement , les jeunes bretons étaient -ils les plus performants en français au lycée ?

DOCUMENT 8 :
Dans de nombreux pays, dont certains sont tout près de nous, les conflits sanglants entre cultures, religions, nationalités ou ethnies font rage, et le fait qu'ils soient mêlés à des ambitions ou à des conflits proprement politiques n'empêche pas la dimension culturelle
d'être dramatiquement importante. [.. .) Dans les pays les plus riches, les plus apaisés et les plus démocratiques [...] l'apaisement [des conflits culturels, religieux, ethniques...] n'a pas été l'œuvre de l'esprit de tolérance, mais plutôt l'effet du triomphe de la société nationale comme mode principal d'organisation sociale. [...] La nation apparaissait comme la forme politique de la société moderne, complexe et changeante, où déclinent les appartenances particulières locales, ethniques ou religieuses, et où triomphe une rationalité qui se traduit en règles administratives, en systèmes de communication et en programmes d'éducation.
Ce modèle national-démocratique a permis de combiner, grâce aux libertés publiques, le pluralisme des intérêts et des opinions et l'unité politique ; il a fait triompher la laïcité. Mais il a aussi, et de manière complémentaire, imposé souvent, au nom du progrès et de la loi, les mêmes règles et formes de vie à tous.
Ce qui était étiqueté comme archaïque , marginal ou minoritaire fut interdit,refoulé, infériorisé. Dans les plus anciens États nationaux, cette œuvre d'intégration semble aujourd'hui avoir été moins violente qu'ailleurs, parce qu'elle s'est étendue sur une longue période. Mais elle s'est souvent accompagnée d'un déni, plus radical qu'ailleurs, de la diversité culturelle.
Gérard Noiriel a montré comment la pensée française, et en particulier les études historiques et sociologiques, avait occulté sous la IIIe République la réalité de l'immigration, alors que de nombreux travaux en signalaient l'importance aux Etats-Unis. Lorsque se sont multipliées les études sur les minorités ethniques, nationales ou régionales, on a découvert à quel point des cultures et des sociétés avaient été détruites, en dehors même des guerres à travers lesquelles s'étaient formés les États nationaux. [...]
On doit critiquer avec la même vigueur que les intégrismes ethniques, nationaux ou religieux, la négation des identités culturelles dans les sociétés démocratiques libérales et surtout dans celles qui ont le plus fortement identifié la liberté du peuple avec la toute puissance de l'Etat républicain.
SOURCE : ALAIN TOURAINE , Pourrons-nous vivre ensemble ?,© Fayard, 1999.
QUESTIONS :
- Comment les pays les plus démocratiques ont-ils apaisé les conflits internes auxquels ils étaient confrontés ?
- Montrez quels sont les intérêts et les limites de ce modèle national-démocratique selon A Touraine .


II - LE MODELE D’INTEGRATION DES IMMIGRES EN FRANCE


A - UNE LONGUE TRADITION D’IMMIGRATION .

DOCUMENT 9 :
SOURCE : D Khames et F Paoletti, Quelle immigration en France, optique hatier, 1993.
QUESTIONS :
- Après avoir montre que l’immigration en France n’est pas un phénomène récent , vous caractériserez l’évolution des flux migratoires .


B - UNE INTEGRATION REUSSIE.

1 - LES APPORTS DE L’IMMIGRATION .

a - un apport démographique.

DOCUMENT 10 :
Une estimation de la population d'origine étrangère aboutissait à un chiffre voisin de 10 millions. (...] Au total, nous avions, en 1986, 14 millions de personnes soit immigrées, soit enfant ou petits-enfants d'au moins un immigré.
SOURCE : M TRIBALAT, mise au point, population et société, juin 1994.
QUESTIONS :
- Pourquoi la France a t’elle fait appel plus tôt que ses partenaires à l’immigration ?
- Mesurer l’apport démographique des immigrés en France .

b - un apport économique.

DOCUMENT 11 :
[...] La question de l'immigration, pour ce qui concerne la France, est indissolublement liée à l'industrialisation. C'est elle qui a permis à ce pays de conserver son rang sur la scène internationale, alors que beaucoup d'observateurs de la fin du xix° siècle prédisaient un déclin irrémédiable. (...) On estime que les immigres recrutés depuis la Deuxième Guerre mondiale ont construit l'équivalent d'un logement sur deux, 90% des autoroutes du pays, une machine sur sept. On n'a jamais évalué leur contribution pour les périodes antérieures, notamment dans les années vingt, quand la France était
l'un des tout premiers producteurs mondiaux de minerai de fer avec une main-d'œuvre d'origine étrangère dans sa quasi-totalité. Combien de milliards de kilowatt-heures, combien de centaines de millions de tonnes de charbon, d'acier et de produits laminés ont-ils fabriqués? [...)
La main-d'œuvre étrangère, privée de tous droits [...], peut être adaptée à toutes les conjonctures, à tous les marchés du travail. [...] Les «oiseaux de passage» que sont dans un premier temps la plupart des immigrés sont le pain bénit de tous
ceux qui profitent du «marché du travail secondaire» où l'emploi est fluctuant, les machines souvent vétustes. On sait que l'« économie souterraine» qui caractérise fréquemment ce type de marché a permis à l'industrie de l'habillement par exemple de maintenir son rang international. (...)
Un autre avantage indéniable de la main-d'œuvre étrangère pour le capitalisme français tient dans les faibles coûts de production qu'elle occasionne. [... Comment parler de la légendaire puissance du Comité des forges ' sans dire un mot sur les profits faciles réalisés au détriment des immigrés, notamment dans les mines de fer où aucun effort de mécanisation ou d'amélioration des conditions de travail n'est entrepris jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale? Les études effectuées par les économistes pour la période récente montrent que ce sont les branches qui emploient la plus forte proportion de travailleurs immigrés qui réalisent les bénéfices les plus nets. Quelques réussites spectaculaires dans l'industrie du bâtiment (parfois reconverties dans l'audiovisuel) sont là pour l'attester (...].
À cela il faut ajouter les économies réalisées par le pays d'accueil sur les coûts de reproduction de la main-d'œuvre. Depuis fort longtemps des économistes français ont mis en avant les bénéfices que l'industrie nationale retirait de l'emploi massif d'un personnel arrivé tout « formé» (au moins au sens physiologique du terme), en pleine force de l'âge, pour repartir au pays dès les premiers signes de vieillissement. Des études récentes ont montré de même que, contrairement aux affirmations xénophobes, la Sécurité sociale, les caisses de retraite, etc., étaient plutôt bénéficiaires que perdantes..
avec la main-d'œuvre étrangère
SOURCE : G NOIRIEL, le creuset français, le seuil, 1988.
QUESTIONS :
- Mesurer l’apport de l’immigration à l’économie française.


c - L’immigration un facteur de mobilité sociale .

DOCUMENT 12 :
L’immigration de masse a incontestablement servi les intérêts de la population française. [...] Dans les lieux où le renouvellement de la population a été très important, le «noyau» local présent antérieurement à l'immigration a profité de cette évolution en occupant les emplois de «notables», de commerçants, de propriétaires fonciers et immobiliers [...]. Par ailleurs, même s'il est difficile de mesurer statistiquement son ampleur, il est indéniable que l'immigration a entraîné un processus de substitution « par le bas ». Les derniers venus occupant en général les échelons inférieurs et; permettant aux Français ou aux immigrants plus anciens d'accéder à des niveaux plus élevés. Les sources dont nous disposons montrent bien le phénomène de remplacement, dans les tâches de manœuvres agricoles ou de travaux publics, des migrants saisonniers français de l'époque antérieure (montagnards du Massif central et des Alpes
notamment) par les étrangers à partir des années 1880.
SOURCE: op. cité.
QUESTIONS :
- Justifiez la première phrase du texte.

2 - LES PROCESSUS D’INTEGRATION .

a - l’intégration par le métier.

DOCUMENT 13 :
Pour difficile qu'elle fût, l'intégration des mineurs et sidérurgistes italiens et polonais s'est faite avant tout par le monde du travail. Tout s'est passé comme si l'organisation industrielle, par sa rationalité et son anonymat, avait tendu à mettre au second plan les différences culturelles et à privilégier la force de travail et la qualification. La communauté ouvrière au travail serait souvent beaucoup plus intégratrice que la société « civile ». Avec le temps, l'organisation du travail efface largement les spécificités communautaires et ethniques. L'entreprise intègre plus que l'habitat, ne serait-ce que parce qu'elle propose des rapports plus « superficiels » et plus organisés que les relations de voisinage qui, elles, « impliquent » plus profondément les acteurs.
Ce qui paraît avoir dominé le processus historique vaut-il toujours aujourd'hui ou la crise économique a-t-elle bloqué ce mécanisme ?
SOURCE : FRANÇOIS DUBET, • Immigrations : qu'en savons-nous ? ", Notes et études documentaires,© La Documentation française, 1989.
QUESTIONS :
- Expliquez pourquoi et comment l’activité professionnelle favorise l’intégration des immigrés ?
- En quoi ce processus risque t’il d’être remis en cause ?

b – le rôle des femmes

DOCUMENT 14 :
Les hommes sont d'abord partis pour accumuler en vue du retour. Les épouses qui les rejoignent au nom du regroupement familial ont souvent pour but de réaliser un nouveau projet de vie et de s'intégrer dans une société moderne. [...]
Les femmes, qui ont tout intérêt à une remise en question de la tradition, accélèrent le processus d'acculturation. Lorsqu'elles sont employées dans le travail domestique, elles partagent, pour une partie de la journée, les logements occupés par les membres des classes supérieures et acquièrent une intimité et une familiarité avec un mode de vie qui font d'elles des instruments privilégiés de la diffusion des modèles de la société d'installation. C'est ainsi qu'elles ont intériorisé les nouvelles normes de consommation : équipement ménager, logement, nourriture, vêtements, rapport au corps, entraînant une série de pratiques. Les familles d'émigrés acquièrent en particulier l'équipement électro-ménager et la voiture qui, dans l'Europe des trente dernières années, ont constitué les indices privilégiés de la réussite sociale. La machine à laver, symbole d'une nouvelle conception du travail domestique, la voiture, condition de l'indépendance familiale et symbole de la réussite, montrent l'accentuation des conduites de consommation aux dépens de l'épargne. Le poste de télévision, toujours présent, toujours allumé, même quand les émigrés ignorent la langue du pays, donne-t-il une forme de connaissance du pays d'installation ? Ou bien permet-il seulement de regrouper autour d'une occupation commune les
membres de la famille, inégalement acculturés ? Il contribue en tout cas à effacer, dans le cas des musulmans, la séparation traditionnelle entre le domaine masculin et le domaine féminin.
SOURCE : DOMINIQUE SCHNAPPER, La France de l'intégration,

QUESTIONS :
- Quelle différence y-a-t-il entre les hommes seulms et les familles
- En quoi les femmes ont-elles un rôle particulier dans le processus d’acculturation ?

c - l’intégration par le mariage et la nationalité

DOCUMENT 15 :
Sur 1000 dossiers de naturalisation en Meurthe-et-Moselle (de 1889 à 1939) [...], on constate que 40% des demandes émanent d'individus entrés en France avant l'âge de vingt et un ans (non compris ceux qui ont été naturalisés en même
temps que leurs parents). C'est une première illustration du plus fort désir d'assimilation à la deuxième génération. [...] Nous avons constaté qu'un certain nombre de mariages mixtes étaient déjà réalisés dès la première génération. Les études statistiques dont nous disposons montrent l'accélération du processus aux générations suivantes. Pour ne prendre que les communautés considérées traditionnellement comme les plus « ancrées » dans leurs traditions, tels les Arméniens, dont les commentateurs des années trente ne cessaient de dire qu'il leur faudrait des décennies pour «s'assimiler», [...] entre 1925 et 1929, à Décines (haut lieu de l'immigration arménienne), le taux des mariages mixtes est de 1,4%; entre 1930 et 1939, il est de 6,4%; de 1960 à 1969 il atteint 51,9 % et, en 1970-1971,73,2%. On voit la rapidité de l'évolution.
La statistique des prénoms français donnés par les parents polonais à leurs enfants montre, pour la commune d'Ostricourt, une progression spectaculaire de 44 % en 1935 à 73% en 1945, 72% en 1955 et 98% en 1960. Cela se passe de commentaires! De même la pratique religieuse tend à s'affaiblir. (...) Vingt ans de présence en France entraînent déjà une érosion de la ferveur dans des communautés pourtant très pratiquantes à l'origine. Elle illustre aussi le rôle «corrosif» de la grande ville et l'influence des normes de la classe ouvrière française déchristianisée. Parmi les Polonais, la pratique semble mieux conservée (66% pour les ouvriers agricoles de l'Aisne et 63% pour les mineurs du Nord). Mais dès la deuxième génération, elle descend (toutes professions confondues) a 30%,
SOURCE : G NOIRIEL, op cité.
QUESTIONS :
- Rechercher les indicateurs utilisés pour déterminer le degré d’assimilation des descendants d’immigrés.
- Quelle est la génération la plus favorable à l’assimilation ?

DOCUMENT 16 :
Dans Le Destin des Immigrés (Le Seuil.398 p.. 145 F), il analyse comment et pourquoi l'assimilation des immigrés
s'effectue ou non dans les démocraties occidentales. • ' •

TELERAMA : Vous défendez vigoureusement le système d’intégration français , qui , selon vous, fonctionne plutôt bien...
EMMANUEL TODD : Les Français devraient cesser de se culpabiliser, de se croire racistes. Ils se croient tous collabos alors que 75% des Juifs français ont tout de même été sauvés ! La France a fort bien assimilé les vagues successives d'immigration. Et cela continue...

TRA : II n'y a donc pas de problème particulier avec les immigrés musulmans ?
E.T. : Les discours seraient plus sains si on oubliait un peu la religion. Ce n'est pas l'islam qui est en cause, mais l'opposition entre deux systèmes anthropologiques. Le système occidental est égalitaire, bilatéral (les lignées des deux
parents ont le même poids, les hommes et les femmes sont égaux) et exogame :on ne se marie pas entre consanguins
mais en dehors de son groupe familial.
Le système familial arabe est au contraire patrilinéaire (seul compte ce qui vient du père) et endogamique (on favorise les mariages entre cousins ou dans le groupe local).
Pour les Maghrébins, l'intégration en France, à cause de ces différences anthropologiques, est d'autant plus difficile. Elle se fait au prix d'une énorme souffrance pour eux, d'une grande violence pour eux. Mais Ils s'intègrent pourtant de façon remarquable !

TRA ; A quoi mesure-t-on l’intégration ?
E.T. : Au taux de mariages mixtes. Quand 20 % des femmes d'origine algérienne épousent des Français, on ne peut pas
prétendre que l'assimilation est un échec I L'Amérique blablate sur le multiculturalisme ,mais seulement 2 % des femmes noires épousent des Américains blancs. En Allemagne, seulement 2 % des femmes turques épousent des Allemands. Quand les hommes du groupe « dominant » refusent les femmes « dominées ». on peut dire que l'on se trouve dans un système différencialiste à forte conception raciale.

SOURCE : Télérama.
QUESTIONS:
- Comparez les systèmes matrimoniaux et de filiation français et de l’islam, que pouvez vous en conclure a priori sur les possibilités d’intégration des musulmans en France ?
- qu’en est-il en réalité ?
- Comparez les taux de mariages mixtes en France et aux USA et en Allemagne que pouvez vous en conclure ?


c - l’intégration par le langage

DOCUMENT 17 : 55 p 141 du livre d’enseignement général ;
SOURCE :INSEE / INED , De l’immigration à l’intégration , enquête sur les populations d’origine étrangère , La Découverte , 1996
QUESTIONS :
- Faites une phrase avec la donnée entourée
- Quelle relation peut-on établir entre la date d’arrivée en France et la pratique linguistique ?
- Comparez la pratique linguistique des pères et des mères . Qu’est-ce –qui peut l’expliquer ?
- Comparez la pratique linguistique entre conjoints et entre conjoints et enfants . Qu’en concluez-vous ?


III - UNE COMPARAISON DES MODELES D’INTEGRATION .

A - LE ROLE DU RESEAU COMMUNAUTAIRE.


DOCUMENT 18 :
L'intégration et l'installation peuvent se réaliser sur un mode communautaire ; c'est alors tout un groupe qui assure et maintient sa cohésion, qui entre dans la société française comme une communauté qui s'agrège à d'autres. L'intégration de l'acteur est médiatisée par la communauté, sur le mode de la juxtaposition de communautés fortement structurées et
elles-mêmes intégrées. Entre la société d'accueil et l'acteur, le réseau communautaire assure l'intégration des individus et les médiations avec la société globale. Ce modèle d'intégration peut être interprété, et l'a d'ailleurs été, positivement, comme une mosaïque de communautés donnant de la sécurité aux acteurs, mais aussi négativement, comme l'anti melting pot, la première étape de la ségrégation.
Une seconde image de l'intégration, celle qui a tendu à prévaloir dans le modèle idéologique français, conçoit plutôt le processus d'intégration comme une aventure individuelle et familiale. L'acteur apparaît d'emblée comme un citoyen dont les solidarités et les fidélités communautaires ne persistent que dans le cercle des relations privées et comme témoignant de la nostalgie des racines. Cette représentation emprunte à la fois à la tradition des Lumières et à une image républicaine et universaliste de la nation. Elle peut alors se vouloir intégratrice, comme elle peut se couler dans une tradition nationaliste tentée de percevoir dans toute communauté ethnique un corps étranger et hostile. Pour ces deux traditions opposées, le maintien de fortes cohésions communautaires des groupes étrangers installés en France est perçu comme un désaveu, un échec ou un danger.

SOURCE : F DUBET, op. cité.
QUESTIONS :
- Quels sont les deux modèles d’intégration présentés dans le texte


B - LES DEUX MODELES D’INTEGRATION

DOCUMENT 19 :
A :
Les divers pays européens, en fonction d'héritages historiques et institutionnels, n'ont pas tous la même conception de l'intégration et par conséquent des politiques à mener. L'intégration reste un mot assez vague susceptible d'interprétations variables.
L'intégration, but proclamé, n'a que très rarement la même signification sociale et politique. Ainsi, le respect des différences culturelles des populations immigrées est-il souvent défini par la volonté de favoriser l'intégration des populations concernées mais aussi par le souci d'éviter le mélange, c'est-à-dire par un refus affiché de l'assimilation. (...)
En Grande-Bretagne, l'accent mis sur les minorités ethniques conduit à institutionnaliser les différences de couleurs et à parler de relations raciales. Les rapports officiels, sous couvert de lutte contre le racisme et la discrimination, pour favoriser l'intégration, établissent des statistiques en fonction de la couleur de peau : blancs, noirs, jaunes. L'intégration, conçue
comme une égalité formelle et la préservation de l'identité culturelle, ne signifie pas forcément mélange des populations mais peut aboutir, dans une logique extrême, à l'idée de l'égalité dans la séparation.
A l'inverse, dans d'autres pays, l'intégration est plutôt conçue en termes individuels et l'idée de l'égalité passe par le sacrifice des différences culturelles et ethniques. Ici, le mélange des populations traduit souvent la non-reconnaissance des discriminations raciales et surtout l'exclusion des dimensions culturelles des minorités, souvent considérées avec un
certain mépris comme un simple "folklore" traditionnel. En France, l'intégration ne signifie nullement l'acceptation de la présence de minorités ethniques, mais plutôt la volonté de favoriser une insertion individuelle sur la base d'une « privatisation » des identités culturelles. Cette logique, poussée à son extrême, conduit à refuser de voir les discriminations subies dans la mesure où elles impliqueraient une reconnaissance institutionnelle d'une différenciation établie sur une base ethnique ou raciale .
Chaque pays, s'il est dominé par une orientation générale, est le théâtre de débats portant sur la nature de l'intégration, débats d'autant plus vifs qu'il n'y a pas de solution à cette double ambiguïté de l'intégration ; la priorité donnée au respect des identités collectives risque d'aboutir à une ségrégation de fait ; la priorité donnée à une intégration individuelle risque
d'aboutir à l'ignorance des discriminations subies et à une non-reconnaissance des identités héritées,

SOURCE : D LAPEYRONNIE, immigrés en Europe , la documentation française, juillet 1992.

B :

TRA : Pouvez-vous expliquer ce qui distingue un système dîfférencialiste d'un système universaliste ?
E.T. : Ils reposent sur deux conceptions opposées de la différence. Etre universaliste signifie que l'on reconnaît l'égalité des hommes au-dessus des différences (de sexe. d'origine ou de religion). Le différencialisme , au contraire, s'est fondé sur la différence pour établir des distinctions radicales d'essence entre les hommes.
Chez les Anglo-Saxons. le mot «.different » signifie « être d'essence différente ». Un enfant métis va générer de l'anxiété, alors qu'en France, un Eurasien, un bébé café au lait, on trouve ça plutôt sympa. Le thème du « métissage » si cher à la France des années 80 est donc en totale contradiction avec la thématique multiculturaliste américaine, essentiellement raciste.
Le système allemand est également fortement différencialiste. Il se fixe même sur des différences de fond intérieures — la religion, en particulier , comme on l'a vu dans l'Histoire avec les juifs, et aujourd'hui avec les Turcs musulmans.
La grandeur de l'universalisme est de ne pas vouloir voir les différences, de chercher ce qu'il y a de commun. Il faudra bien pourtant , Europe oblige, que la France s'interroge sur son projet fusionnel avec l'Allemagne et sache voir, cette fois , sa différence .

SOURCE : Télérama.
QUESTIONS :
- Complétez le tableau suivant :


Modèle Modèle
Caractéristiques du modèle


Forces du modèles


Faiblesses du modèle




B – DES MODELES AUX REALITES

DOCUMENT 2O :
L'écart entre le discours officiel et les pratiques locales est parfois gigantesque et s'observe dans plusieurs pays.[...] En France, par exemple, l'usage de quotas ethniques dans la mise en œuvre des politiques sociales est en principe interdit. Il n'empêche que, dans la pratique, l'administration française semble parfois y recourir officieusement, notamment en matière de logement social, afin d'essayer de disperser des populations d'origine immigrée, étrangère et pauvre, et d'éviter la formation de « ghettos » résidentiels. [... ]
L écart peut encore s'accroître lorsqu'un pays passe d'une approche concrète à une autre tout en maintenant intact le discours sur son « modèle » national. Ce cas de figure est illustré par les Pays-Bas, lorsque, vers la fin des années 1980, les autorités se sont rendu compte que la politique des minorités ethniques se traduisait par une marginalisation économique et sociale croissante des immigrés et de leurs descendants. Peu à peu, une tournure plus assimilationniste est donnée aux politiques d'intégration. Par exemple, un effort intense est développé par les autorités pour obliger les immigrés à apprendre le néerlandais. Cette évolution s'effectue sans que soit revu le discours sur le « modèle » de la société multiculturelle néerlandaise. [... ]
La France est plus multiculturaliste qu'elle ne veut bien l'admettre, tout comme la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas sont plus assimilationnistes qu'ils ne le prétendent. En fait. chaque société connaît une tension entre des affirmations universalistes et des affirmations particularistes dont des « modèles » obsolètes ne parviennent ni à rendre compte ni à fournir la réalité.
SOURCE : M Martiniello, Sortir des ghettos culturels, PFNSP, 1997.
QUESTIONS :
- En quoi l’usage de quotas ethniques est-il en principe incompatible avec le modèle républicain ?
- Dans quel sens et pourquoi les autorités hollandaises ont-elles infléchi leurs politiques d’intégration vers la fin des
- années 80 ?
- Expliquez le passage souligné.



IV - LES OBSTACLES A L’INTEGRATION.

A - LE REGROUPEMENT COMMUNAUTAIRE.

DOCUMENT 21 :
L’ attitude la plus répandue pour échapper à ces confrontations destructrices consiste à se regrouper entre individus de la même origine nationale ou ethnique; la recherche de l'« entre soi » étant le seul moyen de parvenir à constituer un îlot de sécurité et de relative tranquillité. [...] Chaque nouvelle vague d'immigration se traduit par l'apparition de nouveaux
« ghettos » : dans les mines du Nord et de Lorraine, en région parisienne , dans les vallées alpines et pyrénéennes Quelques chiffres illustrent cette concentration de main-d'œuvre étrangère: 85% des immigrés dû département de la
Loire vivent dans l'arrondissement de Saint-Étienne en 1930; les trois quarts de ceux recensés en Meurthe-et-Moselle travaillent dans l'arrondissement de Briey; les deux tiers des immigrés de Moselle habitent dans trois arrondissements à Thionville et à Metz ; 90 % des Arméniens de la Drôme vivent à Valence, etc. [...]
Il faut d'ailleurs préciser que ceux qui assurent le recrutement de la main-d'œuvre étrangère sont à l'origine de la formation de ces «ghettos». [...] Le modèle de la « ville-usine » a provoqué sur une immense échelle une formidable ségrégation entre les zones vouées au travail et à l'immigration, les zones d'agriculture et les métropoles commerçantes et intellectuelles. [...] L'extension des communes de banlieue absorbe et modernise les «taudis» de l'entre-deux-guerres, mais à la nouvelle «périphérie» apparaissent les nouveaux «campements» des années soixante, c'est-à-dire les ZUP,
les cités d'immigrés, comme le quartier des Minguettes et ces 9000 logements construits à la hâte dans des grandes tours qui font l'actualité d'aujourd'hui. [...)
SOURCE : G NOIRIEL, op. cité.
QUESTIONS :
- Quels facteurs provoquent le regroupement géographique des populations immigrées ?
- Pourquoi la critique du regroupement communautaire est-elle spécifique à la France ?


B - LE RACISME.

1 - UN HISTORIQUE.

DOCUMENT 22 :
1842.., Le dimanche, les porteurs d'eau auvergnats vont à la musette, à la danse auvergnate, jamais au bal français ; car les Auvergnats n'adoptent ni les mœurs, ni la langue, ni les plaisirs parisiens. Ils restent isolés comme les Hébreux de Babylone, au milieu de l'immense population qui tend à les absorber; et l'on peut dire que, plus heureux que les sauvages, ils emportent leur pays à la semelle de leurs souliers.
La BÉDOLIÈPE, Les industriels (1842), cité dans Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses, Hachette, 1984, p. 494.

-1905...Si vous passez un jour, à l'heure de midi, vers Mont-Saint-Martin, ou Villerupt, près d'une des nombreuses cantines italiennes, votre odorat est désagréablement chatouillé par des odeurs d'abominables ratatouilles. Des vieilles sordides, à la peau fripée et aux cheveux rares, font mijoter des fritures étranges dans des poêles ébréchées. Et les bêtes mortes de maladie, à des lieues à la ronde, ne sont pas souvent enfouies, elles ont leur sépulture dans les estomacs des Italiens, qui les trouvent excellentes pour des ragoûts dignes de l'enfer. Toute cette cuisine diabolique passe encore sous le ciel bleu de l'Italie, et fait d'ailleurs partie de la «couleur locale» des quartiers pauvres de Rome où de Naples. Mais il en est tout autrement en Lorraine, où la saleté chronique et la façon de vivre déplorable des Italiens font courir de sérieux dangers de
contamination à la population indigène.
L'Est Républicain, 24 juillet 1905, cité par Pierre MILZA, «Les mécanismes de l'intégration», in L'Histoire, n" 193, novembre 1995.

- 1914... Pourrons-nous toujours imposer aux envahisseurs nos mœurs, notre civilisation, notre marque en un mot? L'assimilation s'effectuera-t-elle avec aisance? Des symptômes non équivoques semblent indiquer que nous approchons du point de saturation [...]. Nos coutumes s'imprègnent d'exotisme, notre langue fourmille de vocables étrangers, notre sécurité même est menacée par des éléments dangereux que nos richesses attirent et que des lois indulgentes n'effraient guère.

193l... Aujourd'hui que des hordes compactes d'étrangers s'établissent sur notre territoire et qu'en certains districts, les éléments jeunes de ces aubains dépassent en nombre les éléments jeunes d'autochtones, le problème prend un tout autre
caractère et nous exposerait à voir se constituer chez nous des minorités ethniques.
L NAUDEAU, La France se regarde, 1931 (cité in Noirie), op. cit., p. 247).

-1985... Serons-nous encore français dans trente ans?
Le Figaro-magazine, 26 octobre1985

QUESTIONS :
- De quoi ces citations sont-elles représentatives ?
- Se sont elles vérifiées a posteriori ?


2 - UN RACISME ORDINAIRE.

DOCUMENT 23 :
C’est (...] au moment de son arrivée que l'immigré découvre ce que c'est concrètement qu'être un «étranger», soumis au regard de l'Autre, de celui qui a les normes pour lui. À Montceau-les-Mines1, une des distractions populaires favorites est
d'assister à l'arrivée des convois polonais. On toise, goguenard, les nouveaux venus, leur costume semi-militaire, avec de larges culottes bouffantes, leur tunique verdâtre d'un autre âge, leurs bottes et leur casquette à visière de cuir rabattue sur le front. Et les commentaires vont bon train sur les femmes en caraco recouvert d'un châle multicolore qui portent sur la tête un mouchoir à carreaux bariolés. Dans les cités du Nord, les femmes échangent leurs impressions sur le mobilier, les costumes des nouveaux venus. Les hommes jaugent à voix haute, avec des exclamations en patois, l'ampleur des hanches et le volume des poitrines. (...]
Lorsqu'ils se rendent à l'église, les immigrants polonais se retrouvent à nouveau en porte-à-faux par rapport aux usages locaux. Dans leur pays, on suit l'office debout ; les bancs sont réservés aux vieux et aux infirmes. Décontenancés par ces commodités de la catholicité française, ils n'osent s'asseoir, de peur d'occuper une place indue et restent groupés, debout, devant la porte d'entrée, gênant les allées et venues. Cette attitude, mais aussi leur costume, leur façon de s'agenouiller souvent au milieu de la nef, transforme le lieu saint en lieu de spectacle et suscite l'hilarité des paroissiens charitables. [...]
La littérature de l'immigration, pour peu qu'on veuille bien la lire, est remplie de descriptions de ce genre qui prouvent que la «stigmatisation» de l'étranger, si elle peut prendre des formes variées, n'est nullement une spécificité de telle ou telle nationalité ou groupe ethnique; qu'elle n'est pas un «problème juif» ou un «problème arabe » lié à des particularités
« religieuses», « culturelles» ou « physiques ».[...]

SOURCE : G Noiriel, op. cité.
QUESTIONS :
- Comment les immigrés étaient-ils accueillis ?
- Leur communauté de religion avec les français facilita t’elle leur intégration ?


C - L’INVISIBILITE DE L’IMMIGRATION DANS L’HISTOIRE DE FRANCE.

DOCUMENT 24 :
Tous les Américains, même les Indiens, peuvent se considérer comme des «émigrants». Dans ce pays neuf, encore largement inoccupé à la fin du XVIII° siècle, la formation de la nation est d'emblée conçue comme un processus «fusionnel» des. différentes vagues migratoires dans un «creuset» d'où est sorti le citoyen américain, synthèse de toutes les qualités du monde.
En France, la même fascination pour les origines explique l'« invisibilité» de l'immigration. La «plus vieille des nations » est en effet déjà largement constituée, ses mythes fondateurs (avant tout la Révolution française) sont déjà largement en place, quand débute l'immigration de masse. [...]
Dans le cas américain l'immigration est un phénomène précoce et la formation de la nation un phénomène tardif; dans le cas français, la situation est inverse : l'ancienneté du fait national s'accompagne d'une immigration tardive. [...] . , ':'-
Le décalage chronologique souligné plus haut a eu bien d'autres conséquences pour le « regard» porté sur la « société » par les historiens. Les cadres institutionnels de la nation française (langue, administration, etc.) sont mis en place bien avant la Révolution, à une époque où la France est un espace «plein», davantage concerné par l'émigration que par l'immigration. La Révolution et l'Empire ne font que renforcer ce processus centralisateur et unificateur, notamment au niveau de la langue. C'est pourquoi dans la France d'aujourd'hui les empreintes de la France d'hier sont si nombreuses. [...] Dans des structures aussi rigides, les millions d'immigrants qui ont bouleversé la composition de la population rencontreront des difficultés inouïes pour laisser leur empreinte visible, pour constituer leurs propres lieux de mémoire.
Alors que, aux États-Unis, Ellis Island, l'île par où sont passés des millions d'immigrés européens, est devenue un musée, en France des lieux comparables - comme le centre de sélection de Toul qui a recruté la plus grande partie des immigrants d'Europe centrale dans l'entre-deux-guerres - ont été rasés, comme s'il avait fallu effacer magiquement une histoire qui s'accordait si mal avec la mythologie du terroir.

SOURCE : G Noiriel, op. cité.
QUESTIONS :
- Pourquoi l’histoire de l’immigration en France et aux USA sont-elles si différentes ?
- Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la vision que les français ont de l’immigration ?

DOCUMENT 25 :

L'illusion dans laquelle sont enfermées toutes les représentations de l'immigration, sa constitution et le démenti que lui apporte la réalité du phénomène migratoire, est d'abord redevable d'une histoire sociale de l'immigration .Toute élude de l'immigration qui ne s'en tient pas aux conditions qui ont présidé à l'émigration originelle de ces populations est menacée d'ethnocentrisme. C'est ne voir les immigrés qu'au passage de la frontière, ne les saisir que dans la relation avec la société d'immigration, et en fonction des questions ou des problématiques que celle-ci leur pose -que celle-ci, en fait, se pose à propos d'elle-même, dirait l'auteur. Il faut donc étudier la relation entre le système de dispositions des émigrés avant et à l'occasion du départ, et l'ensemble des mécanismes auxquels ils sont soumis du fait de leur émigration. Ce n'est qu'en réintroduisant les trajectoires migratoires complètes, qu'il est possible de comprendre la relation qui unit les conditions dans lequel le départ s'est effectué et les modes de réalisation de la condition d'immigré .
Les trois «âges» de l'immigration algérienne

Le premier âge de l'émigration qui grossièrement se maintient jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale se confond avec la survie de l'ordre paysan ancien. Les paysans mandatés par la communauté pour l'émigration, étaient désignés parmi les meilleurs d'entre eux ; leur émigration, brève, économe de tout, de temps et de dépenses, était consacrée à rapporter de l'argent à la communauté et devait faciliter la perpétuation de l'ordre paysan. Dépositaire
de la confiance du groupe, l'émigré n'était ni jeune, ni célibataire. Représentant l'excellence paysanne, l'honneur pay-
san, l'émigration, la plus souvent courte, n'était pas susceptible de briser l'attachement de l'absent avec la communauté
d'origine. Confrontés, en France, à la vie urbaine, les immigrés reconstituaient avec d'autres le «petit pays» et refusaient d'adhérer à un univers qui n'était pas le leur. Destinée ^sauvegarder l'ordre paysan, l'émigration sur ordre du premier âge était aussi une émigration ordonnée. Cette représentation de l'émigration, comme rotation perpétuelle de paysans algériens venant brièvement et silencieusement travailler en France pour la consolidation de la communauté d'origine constitue de fait l'illusion première et maintenue de l'immigration (la noria). C'est une définition idéale, orthodoxe, qui satisfait tout le monde explique l'auteur : le pays d'émigration qui ne connaît que des absences momentanées de sa population, le pays d'immigration qui ne voit que des travailleurs servant de main-d'œuvre dans les secteurs économiques les plus disqualifiés (et qui progressivement seront des emplois pour immigrés, faits pour et faits par les immigrés), et les immigrés, eux-mêmes dont l'identité, idéalement, n'est pas «dénaturée» par le fait migratoire.
Pourtant, la réalité même du phénomène migratoire ne fait que démentir cette illusion initiale. Ainsi, le deuxième âge apparaît avec les effets désintégrateurs de l'immigration, redoublant ceux de la colonisation, sur l'agriculture traditionnelle algérienne. L'argent des émigrés devenu rapidement la source quasi exclusive de revenu monétaire en milieu rural a contribué a diffuser l'esprit de calcul et a transformé radicalement les modes de vie paysans, en modifiant les dispositions à l'égard de l'économie. Ce phénomène est en fait contemporain de la crise de l'agriculture algérienne. Celle-ci est marquée par une désaffection généralisée à l'égard de la terre qui ne rapporte plus, une urbanisation relative de la population, produisant des «paysans dépaysannés», et par l'accroissement de l'inactivité. Ces phénomènes, parmi d'autres, transforment radicalement les conditions de l'émigration : celle-ci concerne toutes les couches de la société ; l'acte d'émigrer devient une aventure personnelle, individuelle, un moyen de survie. Le partant n'est plus un paysan dans l'esprit et dans le projet, mandaté par la communauté pour la survie de son ordre. Ce sont plus souvent des jeunes sans terres, des célibataires qui tentent leur chance dans l'émigration et attendent d'elle qu'elle leur permette de donner sens à leur existence . De fait l’immigration devient à elle-même sa propre fin. On émigre pour son propre compte, pour sa survie. L'immigration vient offrir une identité, à vocation provisoire, à tous ceux pour lesquels les transformations de l'Algérie n'offrent plus d'identité, ni de travailleur ni de paysan. L'identité d'immigré est alors entièrement organisée autour du métier et du travail, du salaire et des fiches de salaires et bientôt d'une progressive intégration dans l'ordre professionnel du pays d'immigration. Les séjours en France deviennent quasi permanents, le retour au pays correspond aux «vacances». La condition de l'immigré en est par là même transformée. Celui-ci s'ouvre à une confrontation relativement plus intime et durable avec la société française. Dès lors la société d'émigration s'organise entièrement autour de l'émigration (et non plus de l'agriculture) : par l'argent qu'elle amène, l'immigration fait éclater l'indivision familiale (les fils nourrissant les pères), elle disperse les réseaux familiaux, etc. On retrouve là, la situation des villages, comme celui de Mouhand dont le récit est reproduit dans Elghorba qui «compte plus de monde en France que sur place» (cf. chap I). C'est «toute la communauté locale qui vit suspendue à son émigration qu'elle appelle «la France» (p. 45). C'est le monde à l'envers qui
s'instaure. La France est perçue comme un «enchantement».Ceux qui ont fait le voyage savent pourtant qu'il n'en est
rien. Mais ceci reste pourtant indicible, tant ce sont les valeurs et les formes de représentations dominantes qui organisent désormais la communauté au village. Cette situation oblige à poursuivre un temps ces illusions, à ne pas les briser, et à les enfermer dans un double mensonge : pour la communauté, se cacher le caractère non-transitoire du phénomène pour ceux qui ont fait le voyage et qui reviennent » ne pas pouvoir dire que «ce n'est pas ça» sans déstabiliser la nouvelle forme de régulation de la communauté autour de l'émigration, suppléant à l'ordre paysan.
Dans le prolongement du précédent, le troisième âge voit s'opérer une quasi-professionalisation de l'état d'émigré. Il se traduit par un accroissement en volume, une dispersion géographique complète, et l'arrivée en France avec le regroupement familial des épouses et des enfants. Les liens de solidarité en France ne se constituent plus sur le mode
ancien des proximités géographiques ou familiales, mais en fonction de communauté de conditions d'existence. C'est
d'une certaine manière une immigration pour laquelle les illusions initiales sont levées et qui est à l'aube du choix :soit du retour définitif (peu réaliste, bien que toujours fantasmé), soit de la naturalisation (qui reste, explique Abdelmalek Sayad, toujours équivoque'). Mais là encore l'une comme l'autre de ces solutions ne font qu'entretenir et redoubler les illusions sur les sorties possibles de l'immigration. Même naturalisés, et pour longtemps encore, les «nouveaux Français» ne seront pas naturels à leur communauté d'accueil, et, en dépit de la fiction juridique qui leur accorde la nationalité, ils resteront dans l'état d'immigré, population dominée, stigmatisée, population de travailleurs, objet de toutes les discriminations.

SOURCE : A sayad, l’immigration ou les paradoxes de l’altérité, présenté par D CARDON, in lire les sciences sociales, vol 1, Belin.
QUESTIONS :
- Expliquez la phrase soulignée, en quoi peut-elle contribuer à une meilleure compréhension des difficultés du modèle français à comprendre l’immigré ?
- Complétez le tableau suivant :




AGE1 AGE 2 AGE 3
- Raisons à l’origine de l’immigration



- types de populations concernées



- Objectifs de l’émigration



- Durée de l’émigration



- conséquences de l’émigration :
- sur le pays d’origine
- sur le pays d’accueil



- place de l’immigré dans la société française



- Intégration à la société française






V - LE DEBAT SUR LE CODE DE LA NATIONALITE

A - DROIT DU SOL ET DROIT DU SANG.

DOCUMENT 26 :
Droit du sang, droit du sol sont effectivement les deux principes qui régissent tous les droits de la nationalité ; la combinaison de ces deux principes est réalisée, en France, de façon originale.
Contrairement à ce que beaucoup croient, il n'y a pas dans notre pays de droit du sol au sens strict, comme cela existe aux États-Unis ou en Argentine et dans beaucoup de pays neufs, des pays d'immigration où il était primordial pour créer une nation que les enfants qui naissaient sur le sol soient considérés comme nationaux.
À l'inverse, dans un pays comme l'Allemagne, c'est de droit du sang qui prédomine : est allemand celui qui a des ascendants allemands, même s'ils ont quitté l'Allemagne depuis des années, voire des générations. Par contre, les Turcs vivant en Allemagne depuis des années et ceux de la deuxième génération ne peuvent devenir allemands que difficilement.
II ne suffit pas de naître en France pour être français. Il y a toujours l'idée d'un certain enracinement, d'une intégration, dirait-on aujourd'hui.
SOURCE : G Moreau, in hommes et migrations, juillet 1994.
QUESTIONS :
- Définissez le jus soli et le jus sanguini.
- Vous montrerez qu’il existe trois modèles et que traditionnellement la France occupe une place intermédiaire.
B - HISTORIQUE DU CODE DE LA NATIONALITE.

DOCUMENT 27 :
Sciences Humaines: En France, l'acquisition de la nationalité est traditionnellement assimilée au droit du sol. De quand date ce droit?
Patrick Weil: Au début du XVIe siècle, trois conditions sont encore nécessaires pour être reconnu français : être né dans le royaume de France ; être né de parents français ; et demeurer d'une manière permanente dans ce royaume. Le droit d'aubaine permet alors au roi de s'approprier l'héritage de tout étranger qui meurt sans héritier français. En outre, un enfant de Français ne peut succéder à ses parents s'il est considéré comme aubain, c'est-à-dire s'il est né à l'étranger.Les parlements - les tribunaux de l'époque -, saisis par des plaignants qui contestent leur qualité d'aubain, font, en tranchant ces différends, évoluer la définition du Français. A la veille de la Révolution, on peut être Français si l'on est né en France de parents étrangers, ou à l'étranger de parents français. Mais le critère important, c'est d'être résident sur le territoire du royaume
pour le présent et pour le futur, car c'est le signe de l'allégeance au roi. Cela dit, c'est bien le droit du sol qui domine, car un enfant né en France de parents étrangers n'a pas besoin de faire de démarche de certification de sa «qualité de Français» comme on dit à l'époque. Au contraire, l'enfant né à l'étranger de parents français doit souvent effectuer une déclaration de nationalité pour avoir l'assurance que cette qualité de Français lui est bien reconnue. La Révolution va pour la première fois fixer ce qu'est un Français dans la Constitution de 1791. Puis, à partir de 1793 et jusqu'en 1803, le droit du sol domine exclusivement l'attribution de la qualité de Français. •

SOURCE : P.WEIL , Devenir français : mode d’emploi , Sciences humaines , Hors-Série n°39 2003.
QUESTIONS :
- Quelles sont les conditions requises pour être reconnu français au début du XVI° siècle ? Quel intérêt trouvait le roi à cette juridiction ?
- Comment le droit de la nationalité évolue-t-il entre le XVI° et 1791 ? Quelles en sont les raisons ?

DOCUMENT 28 :
Dans votre dernier livre, vous montrez que ce primat du droit du sol n'a pas été aussi permanent qu'on l'imagine.
En effet, au XIXe siècle, suite à l'adoption du Code civil, c'est le droit du sang qui prime : la filiation paternelle devient le mode d'acquisition exclusive de la nationalité à la naissance.
C'est une complète novation qui n'a rien, à l'époque, d'à proprement parler ethnique Sa signification est d'une autre nature. Ce droit du sang exprime la reconnaissance d'un droit de la personne, il est un moyen
de libérer l'individu de sa dépendance à l'égard de l'Etat et du roi du point de vue de sa nationalité. Désormais, cette dernière s'acquiert à la naissance par le père et ne se perd pas, si l'on part ensuite résider à l'étranger ou qu'on y procrée. Dans l'esprit de l'abbé Sieyès, la nation, qui doit devenir plus autonome par rapport à l'Etat, est une grande famille et la nationalité se transmet dorénavant comme le nom de famille par la filiation. La reconnaissance du droit du sang peut donc être interprétée comme la première étape de la modernisation du droit de ce qu'on appellera à partir des années 1820 la « nationalité » pour désigner de manière courante le lien juridique entre un Etat et une personne.

La novation introduite par le Code civil va être copiée au cours du XIX° siècle par la plupart des pays d'Europe continentale, à l'exception des pays sous influence directe britannique où perdurera le droit du sol, soit l'Irlande, le Portugal et le Danemark. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est donc pas l'Allemagne prussienne qui a inventé le droit du sang, celle-ci n'ayant fait qu'adopter le modèle français !

SOURCE : op cité
QUESTIONS :
- Comment évolue le droit de la nationalité au début du XIX° Siècle ? Quelles en sont les raisons ?
- Quelles en sont les répercussions sur le reste de l’Europe ?

DOCUMENT 29 :
A :
Jusqu'à quand ce modèle a-t-il perduré?
La domination du droit du sang perdure jusqu'à la fin du XIXe siècle. Entre-temps, la France est devenue un pays d'immigration plus que d'émigration. Il y a, dans les départements frontaliers, où résident beaucoup d'étrangers, une pression pour le retour d'un droit du sol. En effet, les fils d'étrangers, nés en France, ne réclament pas la nationalité française ; ils échappent à un service militaire qui dure parfois jusqu'à huit ans
et cela paraît comme un privilège auquel il faut mettre un terme. C'est pour établir l'égalité devant les charges publiques, l'égalité des devoirs entre tous les enfants nés en France que le droit du sol est rétabli. Mais il ne s'agit plus tout à fait du même droit que sous l'Ancien Régime. Lorsqu'un enfant naît en France de parents étrangers, il devient Français à sa majorité. S'il est né en France d'un parent déjà né en France, le
nouveau-né est Français dès sa naissance .On prend en compte, pour attribuer la nationalité, l'éducation dans la société, la résidence passée et non, comme dans l'ancien droit, la résidence présente et future qui était signe de l'allégeance. Une conception que nous avons conservée jusqu'à nos jours.
SOURCE : op cité
B :
Un député du Nord, Maxime Lecomte, propose un amendement à la loi militaire, soumis à la Chambre en 1884, permettant de déclarer français d'office (et donc d'incorporer) à leur majorité les fils d'étrangers nés en France, eux-mêmes nés en France. [...] L'affaire est [...] confiée aux experts du Conseil d'État. Le projet est épuré de toutes les propositions contraires au jus sanguinis. Les conseillers mettent aussi en avant les études récentes d'anthropologie qui soulignent «le rôle de la race dans la formation du caractère national». Transformé de fond en comble, le projet [...] suscite un véritable tollé dans l'opinion publique. Les « élucubrations » du Conseil d'État sont prises à partie car elles ne tiennent pas compte des vrais problèmes de la société française. À cette époque déjà, le débat se focalise sur la question de l'accès de la « deuxième génération» à la nationalité française. L'enjeu est le service militaire, qui suscite à lui seul deux débats essentiels. Le courant nationaliste anti-allemand considère que, face au déclin démographique français, il faut trouver d'autres moyens de «faire des soldats». Une réforme du droit de la nationalité s'avère d'autant plus urgente que
l'Allemagne compte sept fois plus de naturalisés que la France, alors même que les étrangers sont sept fois moins nombreux [.. .). Un autre argument va dans le même sens.
Accepter la reproduction, de génération en génération, d'une population étrangère enracinée en France, c'est courir le risque de voir naître en France une Fremdenfrage comme en Russie ou en Autriche-Hongrie. Il faut donc réformer le droit pour mettre fin à l'existence des « noyaux allogènes » sur le sol de France.
Le deuxième grand argument qui s'exprime à travers le problème du service militaire se rapporte à la crise économique. En ne supportant pas la charge que représentent les années passées « sous les drapeaux», les étrangers exercent une concurrence très grave vis-à-vis des nationaux sur le marché du travail, les patrons préférant souvent embaucher des ouvriers qu'ils savent pouvoir conserver. [...]
Le Sénat examine alors un nouveau projet de loi qui intègre deux innovations majeures: les enfants d'étrangers nés en France de parents nés à l'étranger sont français à leur majorité, sauf s'ils déclinent leur nouvelle nationalité au moment de leur majorité. Les fils d'étrangers nés en France de parents eux-mêmes nés en France (c'est ce que l'on appellera plus tard le « double jus soli»] sont français sans possibilité de décliner.
Adopté par les sénateurs, le nouveau projet est voté par la Chambre avec de légères modifications qui renforcent encore de la place du jus soli. Au terme de huit années de discussion, «une législation nouvelle» adaptée à «un état social nouveau», comme le note un sénateur, s'est imposée.

SOURCE : G.NORIEL , Le creuset français , Le Seuil , 1998
QUESTIONS :
- Quelles sont les raisons qui , à la fin du XIX° Siècle , vont conduire à modifier le droit de la nationalité ?
- Dans quel sens est-il modifié ?
- Ces modifications résultent-elles d’une demande de la part des immigrés qui veulent devenir français ?

DOCUMENT 30 :

A quels besoins ont répondu les projets de loi discutés dans les années 1980-1990 ?
La réactivation des débats autour de la nationalité découle des débats qui sont apparus autour de l'immigration à la fin des années 70, avant même que Jean-Marie Le Pen ne fasse parier de lui. On l'a oublié mais, en matière d'immigration, Valéry Giscard d'Estaing, président de la République, mène alors une politique que Le Pen proposera plus tard. Il propose de faire repartir, le cas échéant par la force, plusieurs centaines de milliers d'immigrés nord-africains légalement résidents en France, particulièrement les Algériens. Un projet qui remet en cause les principes fondamentaux de la République et qui échoue parce qu'il se heurte non seulement à l'opposition parlementaire mais aussi à une partie de la droite de l'époque, gaulliste et centriste.
En 1984, la gauche et la droite parlementaires finissent par adopter à l'unanimité la loi sur le titre unique, qui stabilise l'immigration légale quelle que soit l'origine nationale de l'immigré. Se produit alors, à l'extrême droite et dans une partie de la droite, une sorte de transfert de l'enjeu de l'immigration vers la nationalité. «Puisqu 'on n 'a pas réussi à empêcher les immigrés de rester, on va rendre plus difficile leur accès à la
nationalité. » C'est en substance le raisonnement auquel se rallie la majorité de droite de l'époque, qui va tenter de remettre en cause le principe du droit du sol.
Or, depuis la Première Guerre mondiale, il était perçu jusque-là comme un principe intouchable. Quelques années en effet, après l'adoption de la loi de 1889, l'extrême droite avait dénoncé le droit du sol en considérant qu'elle faisait bénéficier trop aisément de la nationalité française les enfants d'étrangers. La gauche avait répliqué que le droit du sang était une spécificité de l'Allemagne raciale.
Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, le débat avait été alors clos, la droite ayant battu en retraite, se repliant dans la critique de la politique de naturalisation .S'était donc constituée cette représentation, qu'on croyait scientifiquement établie, d'une opposition entre une France ouverte, fondée
sur le droit du sol, et une Allemagne ethnique, adepte d'un droit du sang. D'ailleurs, le gouvernement de Vichy n'avait pas formellement remis en cause le droit du sol, même si, en pratique, des conceptions
racistes et antisémites l'avaient fortement inspiré. Il faut donc attendre le projet du RPR présenté en 1986 pour que le droit du sol soit l'objet d'une remise en cause. Mais une fois encore la tentative fut vaine.

Quels sont les principaux changements apportés par la loi de 1998 ?
La loi de 1998 a surtout corrigé le dispositif adopté en 1993 concernant les enfants nés en France de parents étrangers. Avant 1993, il y avait des enfants qui devenaient Français sans le savoir, soit que leurs parents faisaient la démarche pour eux par exemple juste après leur naissance, soit qu'ils le devenaient
automatiquement à leur majorité, sans pouvoir renoncer. La loi de 1993 avait créé une démarche volontaire que le jeune né en France de parents étrangers devait effectuer entre 16 et 21 ans pour devenir Français. Or, tous les lycées n'informaient pas les jeunes correctement sur cette procédure. Résultat:des jeunes restaient étrangers à leur majorité sans le savoir, en croyant jouir de la nationalité française. A l'évidence, on devait chercher à combiner une forme
d'automaticité avec l'expression de la volonté. C'est ainsi que la loi de 1998 a confirmé la fin du pouvoir des parents sur les enfants mineurs, une pratique qui découlait d'une interprétation hâtive de la loi de 1889. Dans le même temps, les enfants se sont vu accorder la possibilité de manifester dès l'âge de 13 ans leur volonté de devenir Français. Ils sont alors invités à se rendre avec un parent devant un juge, leur déclara-
tion permettant d'anticiper une acquisition à la majorité qui intervient de plein droit (l'enfant gardant la possibilité entre l'âge de 17 ans et demi et 19 ans de décliner cette nationalité). Dans le même temps, les conditions de résidence, exigées, je le rappelle, pour attester de la socialisation, ont été assouplies (les cinq années exigées peuvent être continues ou discontinues).

SOURCE : P.WEIL , op cité
QUESTIONS :
- Quels changements politiques apparaît au début des années 80 qui permettent de justifier la remise en cause du droit du sol ?
- Cette remise en cause s’est-elle traduite dans les faits ? Explicitez les conditions qui permettent de devenir français en 1998 .


CONCLUSION :

DOCUMENT 31 :
Dans un précédent livre, vous mettiez en évidence la nette convergence des politiques de nationalité des pays européens. Comment l’interprétez-vous ?
Le droit de nationalité s'organise à la frontière de différentes traditions juridiques et d'une situation migratoire. Du côté des traditions, il y a, d'une part, le droit du sol, féodal, hérité du Moyen Age, et transmis par la Grande-Bretagne dans ses colonies ;et d'autre part, le droit du sang transmis dans l'Europe continentale par la France.
Ces pays du droit du sang, à commencer par la France, après avoir été des pays d'émigration, sont devenus progressivement des pays d'immigration. Force leur a été alors d'intégrer dans leur législation des éléments de droit du sol pour intégrer les enfants d'immigrés. Les Pays-Bas, la Belgique et les pays d'Europe du Nord ont ainsi suivi la France.
Quant à l'Allemagne, elle a mis un peu plus de temps : le droit du sol n'a été réintroduit qu'à l'occasion de la réforme de l'an 2000. Cela tient à la division du pays. Tant qu'il y avait le rideau de fer, l'Allemagne de l'Ouest ne pouvait adopter le droit du sol au risque, sinon, de renoncer symboliquement au territoire et à la population est-allemands. Une fois la réunification acquise, il a fallu à peine dix ans pour que le droit du sol soit introduit. C'est peu pour un pays dont on disait qu'il était par «essence» attaché au jus sanguinis !
Comme on le voit, dès lors que les pays sont confrontés à des situations migratoires identiques, ils finissent par converger vers le même modèle de nationalité. Et cette convergence ni décrétée par Bruxelles, ni prévue par les traités de Maastricht ou d'Amsterdam paraît même alors plus forte qu'en matière de politique d'immigration .C'est que le droit de nationalité mêle des statuts qui concernent aussi bien les étrangers que les nationaux. On ne peut pas le modifier aussi facilement que la politique d'immigration qui, elle, ne concerne que des étrangers.

SOURCE : op cité
QUESTIONS :
- Quel est , selon l’auteur , la tendance que l’on peut observer en Europe quant à l’évolution du code de la nationalité ? Comment s’explique-telle ?
- Prenez l’exemple de l’Allemagne afin d’expliquer la première phrase du texte .